Deux casques corinthiens, des amphores et 47 lingots d’orichalque, ce légendaire métal associé au mythe de l’Atlantide décrit par le philosophe grec Platon (Ve siècle av.J.C), ont récemment été récupérés. Ils gisaient sur les fonds marins depuis 2500 ans au large de Bulâla, non loin de l’ancienne colonie grecque de Gela, sur la côte méridionale de la Sicile (Italie). 

Datés de la fin du VIIe-début VIe siècle avant notre ère, ils proviendraient du secteur où 39 barres métalliques identiques avaient déjà été remontées en décembre 2014, à 300 m. des côtes.

Cette fois, c’est une équipe de plongeurs du département aéronaval de la Garde des Finances de Palerme, associés à des unités de la Surintendance à la Mer, à qui revient le mérite de cette pêche miraculeuse. Selon les descriptions transmises à la presse italienne par le procureur de Gela, Fernando Asaro, le 10 février 2017, ces lingots pèsent entre 254gr et 1340gr et varient de 17 cm à 32cm de long. Les planches de bois aux côtés desquelles ils ont été localisés signaleraient l’épave d’un navire marchand.

L’équipe de plongeurs à l’origine de la découverte des lingots d’orichalques et casques corinthiens.
Dans ses dialogues du « Timée » et « Critias », Platon mentionne un continent imaginaire, l’Atlantide, où l’oreikhalkos (« cuivre des montagnes »), un métal plus précieux que l’or, était utilisé par les Atlantes, les habitants mi-dieux mi-humains qui peuplaient l’île avant que celle-ci ne s’enfonce dans la mer. Une fable du philosophe grec dont certains ont voulu trouver un écho réel dans la destruction de Santorin, en mer Egée, lors de l’énorme éruption volcanique de 1630 av.J.-C, alors que d’autres situent plutôt l’Atlantide au niveau des Açores ou près de Gibraltar.
A Rome, l’orichalque désignait plus prosaïquement un laiton destiné à la frappe des sesterces, monnaie en cours sous le règne d’Auguste (dès 23 av.J.C) comme l’indiquent les pièces à la belle tonalité dorée que les numismates retrouvent aussi utilisés par d’autres peuples, comme les Arvernes, en Gaule dans la seconde moitié du 1er siècle avant notre ère.
Six exemplaires avaient ainsi été recueillis entre 1861 et 1865 sur le site de la bataille d’Alesia, dont deux au nom de leur chef Vercingétorix. Elles ont été étudiées par Sylvia Nieto-Pelletier, directrice-adjointe de l’IRAMAT, au Centre Ernest-Babelon de l’université d’Orléans : « A cette époque, le zinc en tant que métal n’est pas encore connu et l’alliage d’orichalque alors employé était obtenu par le procédé dit de cémentation : du cuivre métallique en fusion était mis en présence de minerai de zinc et de charbon de bois, pour faire acquérir à l’alliage ainsi constitué une couleur jaune très proche de l’or », explique-t-elle dans une publication*.

Néanmoins, Grecs et Romains faisaient-ils référence au même métal quand ils parlaient d’orichalque ? Cette histoire, comme le notait déjà en 1973 dans « L’orichalque et le laiton » l’historien des sciences et des techniques Robert Halleux, « est un problème d’histoire des techniques, qui s’éclaire dans le cadre de la métallurgie du cuivre ».  

En 2016, des analyses spectrométriques de fluorescence à rayons X effectuées sur les premiers lingots remontés par Dario Panetta, de l’entreprise génoise Technologies for Quality, avaient révélé qu’ils étaient bien composés de cuivre (80%) et de zinc (20%), avec des traces de plomb, de nickel et de fer. Un alliage donc, et non un métal pur. Mais pas de quoi, sans doute, épuiser un aussi puissant mythe!

Source : Science et avenir 

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