Un trésor de monnaies d’or du 13e siècle trouvé dans une épave datant de la chute d’Acre

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La trentaine de pièces d’or scintillait au milieu de fragments de coques et de vieilles planches recouvertes de ballast… Elle reposait sous les eaux depuis plus de 700 ans au large de St-Jean-d’Acre (Israël) lorsque des archéologues subaquatiques les ont découvertes.

Toutes constituent, avec un ensemble de céramiques à glaçure, un trésor datant de l’époque des croisades selon leurs inventeurs Ehud Galili et Michal Artzy, chercheurs de l’université d’Haïfa. Des vestiges qui pourraient avoir constitué la cargaison d’un navire naufragé à bord duquel auraient pris place des pèlerins chrétiens fuyant Acre, lors de la chute de la cité en 1291.

Dans un article publié dans le quotidien Haaretz du 15 mars 2017, ces scientifiques rappellent que les Francs étaient parvenus dans la région d’Acre après la chute du royaume de Jérusalem en 1187, à la suite de l’offensive de Saladin (1174-1193), le premier dirigeant de la dynastie ayyoubide, dans sa reconquête des territoires latins. 

Prise de St Jean d’Acre, où s’affrontèrent Croisés et Mamelouks en 1291. Illustration de Gustave Doré.



« Après s’être rassemblés à Tyr, où ils avaient été rejoints par la Troisième Croisade [Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et Frédéric Barberousse NDLR], les Croisés avaient repris Acre en 1190 », explique Alain Demurger, le célèbre historien médiéviste spécialiste des croisades, joint par Sciences et Avenir. Acre était ainsi devenue la capitale des Etats latins, centre de commerce international et refuge pour tous les établissements religieux. Alors que les descendants ayyoubides de Saladin avaient pris pied dans diverses principautés environnantes.

Mais un coup d’état au Caire (Egypte) contre la dynastie Ayyoubide en 1250 va soudain bouleverser l’équilibre géopolitique de la région :  les Mamelouk – des corps d’armées constitués d’anciens esclaves capturés en Asie centrale (Caucase, Russie orientale, Turkestan) – prennent le pouvoir. Et cette nouvelle puissance se fixe pour objectif de chasser les Croisés de Terre Sainte. C’est d’abord Tripoli, sur l’actuel rivage libanais, qu’ils conquièrent en 1289. Puis ce sera la marche sur Acre menée par le sultan d’Egypte al-Ashraf Khalil, à la tête d’une puissante armée constituée de dizaines de milliers d’hommes.

Débuté en mars 1291, le siège de la ville maritime s’étend sur plusieurs mois. « En mai, la cité, ceinte par un double réseau de murailles, est prise», explique Alain Demurger. Les chrétiens se replient alors sur le littoral. Désespérés, pour échapper à l’assaut, marchands et habitants se précipitent vers les bateaux présents dans le port, en particulier des navires italiens à destination de Chypre. 

« Tous ces événements se déroulent alors que des tempêtes au large font rage, d’où de nombreux naufrages», ajoute l’historien. L’épave récemment trouvée pourrait donc être l’un de ces navires, comme le prouvent les florins d’or retrouvés, frappés dans la république de Florence, qui auraient pu servir à monnayer un passage.

Pendant ce temps, dans la ville d’Acre, les chevaliers du Temple (Templiers) continuent à se battre. 10 jours durant, ils affrontent vaillamment les armées mameloukes avant d’être ensevelis – défenseurs comme assaillants – dans l’effondrement du château fortifié. La chute de Saint-Jean-d’Acre marquera la fin des établissements latins de Syrie-Palestine. De nombreux projets de croisade s’ensuivront, mais aucun ne se concrétisera.

Croisés et Mamelouks devant Acre. © Josse / Leemage /AFP

En 2011, les archéologues avaient découvert les ruines étonnamment intactes de la ville croisée sous les bâtiments de l’époque ottomane. Sans doute les corps des combattants  d’Acre attendent-ils toujours sous les décombres.

Pour en savoir plus sur la chute d’Acre: « Acri 1291. La caduta degli Stati crociati », par Antonio Musara, Ed. Il Mulino, 2017 (en italien)

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