La Grande Migration des gnous, ce n’est pas que des dizaines de milliers d’animaux qui franchissent les rivières. Certains se font piéger par les crocodiles, certes, mais beaucoup se noient aussi. Ce sont au total plusieurs milliers de tonnes de carcasses qui se retrouvent ainsi dans les eaux selon une étude. C’est une bénédiction pour l’écosystème local.

La migration des gnous est le plus grand spectacle de transhumance sur terre. Des plaines du Serengeti à celles de Massaï Mara, des milliers de gnous et de zèbres migrent pour des pâturages plus verts en fonction des saisons et le cycle de la vie et de la mort se répète. Les prédateurs suivent de près la migration, attendant l’opportunité de s’attaquer aux proies les plus faibles. Mais il faut également savoir que sur les quelques 1,2 million d’animaux qui franchissent la dangereuse rivière Mara, plusieurs milliers se retrouvent aussi noyés sous les eaux.

La plupart d’entre eux bravent les eaux de la rivière Mara avec succès, mais pour les autres, leurs carcasses s’accumulent finalement dans la rivière et se retrouvent lentement consommées par les diverses créatures qui peuplent les environs. Les écologistes savent que la migration de ces animaux affecte les écosystèmes terrestres, mais pour la première fois, ils ont aujourd’hui pu mesurer la contribution écologique de ces noyades dans l’emblématique rivière kenyane. Une équipe dirigée par l’écologiste Amanda Subalusky, du Cary Institute of Ecosystem Studies, s’est interrogée sur la quantité folle de biomasses que ces noyades pourraient représenter.

« Nous avons utilisé des rapports historiques de 2001 à 2010 et des enquêtes sur le terrain de 2011 à 2015 pour quantifier la fréquence et la taille des noyades de masse de gnous dans la partie kenyane de la rivière Mara », peut-on lire dans le rapport publié dans PNAS. Armés de données provenant d’enquêtes sur le terrain et d’analyses biochimiques, ils ont ainsi calculé l’impact écologique de cet événement et ont constaté qu’en moyenne, 6 200 animaux se noient chaque année dans la partie kenyane de la rivière Mara, soit environ 1 100 tonnes de biomasses.

« Pour mettre cela en perspective, cela équivaut à dix carcasses de baleines bleues entassées dans la rivière Mara chaque année », image l’écologiste Emma Rosi. « Cette subvention dramatique délivre de l’azote terrestre, du phosphore et du carbone au réseau alimentaire de la rivière ». Grâce à une méthode de suivi des éléments nutritifs des écosystèmes aquatiques, les chercheurs ont alors pu retracer les nutriments des animaux noyés tout au long de la chaîne alimentaire. Il s’avère que chaque noyade de masse représente une énorme bénédiction pour l’écosystème de la rivière locale. Seule une petite proportion — environ 2 % — se retrouve mangée par les crocodiles et jusqu’à 9 % des cadavres sont dévorés par plusieurs espèces de vautours. Mais les plus grandes gagnantes sont les différentes espèces de poissons présentes dans la rivière : les carcasses représentent en effet la moitié de leur alimentation.

Une fois les chairs dévorées et les os nettoyés, ceux-ci libèrent encore plus de nutriments dans les eaux, continuant à nourrir l’écosystème pour les années à venir. Finalement, « ces noyades de masse ont peu d’impact sur les troupeaux de gnous », écrivent les chercheurs, soulignant qu’elles ne représentent que « 0,5 % de la taille totale des troupeaux. Mais elles fournissent en revanche énormément de nutriments à court et long terme à la rivière Mara ». Nous sommes tous connectés dans le grand cycle de la vie comme dirait Mufasa à Simba.

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