Quand les Mormons parlent de la Mer libre

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La mer libre du pôle. Voyage de découvertes dans les mers arctiques

T R U T H   A N D   L I B E R T Y.


No. 22.    Salt Lake City, Wednesday, July 3, 1878.    Vol. XXVII.

A  GRAND  VOYAGE  OF  DISCOVERY.

Le congrès s’est ajourné sans faire quoi que ce soit en direction d’une expédition arctique. Un projet de loi adopté par la Chambre pour un crédit destiné à l’aide de l’entreprise Eothen, mais nous pensons qu’il n’est pas parvenu à aucune action dans le Sénat ….


Le régime de la colonie Howgate ne semble avoir abouti à aucune forme pratique. James Gordon Bennett est plus susceptible cette année de jouer au polo que de démarrer l’expédition au pôle ; Americus Symmes, fils de l’homme qui a avancé l’hypothèse du « Trou Symmes », n’a pas reçu d’encouragement pour entreprendre un voyage afin de vérifier la véracité de la théorie, ainsi l’entreprise Eothen sera la seule cette année à se consacrer à la navigation polaire et la découverte de l’Arctique.


Nous l’espérons que le succès couronnera leurs efforts … en eux se trouvent peut-être de nouvelles clés pour le déverrouillage des mystères polaires et la compagnie des esprits aventureux, maintenant en route vers les régions glacées du nord, pourront s’avérer être les heureux découvreurs du problème polaire, la question la plus intéressante qui agite aujourd’hui l’esprit des géographes scientifiques.

Image d’illustration : Nicolas Dubreuil Mystères polaires


Les régions du Nord.


Hier soir, la conférence prononcée au cours des 14 Ward Assembly Rooms, par le capitaine Tuttle sur ses observations personnelles et les incidents de voyage dans les régions polaires, a été suivi par un public plutôt peu nombreux, mais très intéressé.


Il a déclaré qu’il est arrivé dans le nord jusqu’au 82° de latitude, lors d’une partie de chasse à la baleine. Plus il approchait le pôle, plus les baleines étaient nombreuses, et plus il avançait dans cette direction, plus les choses devenaient intéressantes. À 76°, l’aiguille de boussole plongea vers le sol 

Voir : The Smoky God

C’est la pointe bleue de la boussole qui se collait à la vitre, tandis que la pointe blanche plongeait vers le sol et cela bloquait tout mouvement, et devint inutile. Il attribua ceci à l’existence de métaux au fond de l’océan, dont les particules ont été retenues par la sonde d’affleurement. (sans doute la sonde permettant de tester la profondeur de la mer et de détecter les rochers qui affleurent près de la surface). Il passa l’étoile polaire, qui est aussi visible dans la journée à cette latitude qu’elle l’est dans la nuit.


Finalement, une barrière ou une ceinture de glace, qui s’est avéré être de douze milles [NDTR : on suppose qu’il s’agit de milles nautiques, soit +/- 22,23 km] de large, a été atteinte. Une ouverture dans celle-ci fut recherchée et fut trouvée, mais le courant y était si rapide qu’il rendait le passage impraticable avec un « baleinier ».

Dans ce courant ont été vus de larges feuilles et des morceaux de bois, prouvant l’existence d’une terre de l’autre côté. Certaines des pièces de bois avaient des marques d’outils, certaines indentations de cette formation étant de nature à laisser supposer qu’elles ont été faites avec une herminette. Ceci lui révéla que non seulement, il y avait des terres au-delà, mais aussi qu’elles étaient habitées.

Près de la barrière de glace, la température était relativement douce et l’eau était de couleur verdâtre. Le capitaine Tuttle et un certain nombre d’autres hommes parcoururent une certaine distance sur la ceinture de glace. Sur le chemin, un homme glissa dans une crevasse et ne fut jamais retrouvé. Les autres, comme mesure de précaution, attachèrent des rames dans leur dos et s’attachèrent les uns aux autres au moyen de cordes, à des fins d’assistance mutuelle, au cas où un autre accident similaire se produise.

Quand le sommet de la barrière de glace fut atteint, les yeux des hommes furent récompensés par une vue de la « Mer libre du pôle », telle qu’elle est mentionnée, par certains explorateurs du Nord. A l’aide d’une longue vue marine, le capitaine Tuttle a pu voir, apparemment à une distance d’environ soixante miles [NDTR : +/- 96,5 km], une configuration nuageuse, qui pourraient signifier la présence d’une terre. Mais concernant cela, il ne pouvait être affirmatif.


Incidemment, le conférencier s’est dit convaincu que le capitaine Hall, l’infatigable explorateur, a été empoisonné par un ou plusieurs de ses compagnons de voyage. Il l’a entendu faire un discours à Cincinnati, peu de temps avant son départ, dans lequel il dit avec beaucoup de détermination qu’il allait atteindre le pôle ou ne jamais revenir vivant. Le capitaine Hall était déterminé, soutenu à pousser dans ses explorations tandis que certains des autres prirent peur et l’écartèrent du chemin, un [membre de la famille] Buddington étant celui sur lequel les plus forts soupçons reposaient. En raison de la croyance des Saints des Derniers Jours [NDTR : provenant de la religion des mormons] concernant l’emplacement des « tribus perdues d’Israël », dans le « Pays du Nord », les renseignements concernant cette région avaient intérêt particulier pour eux. Nous avons donné les points principaux de la conférence, dont le capitaine Tuttle revendique être un récit de sa propre expérience, et observation personnelle.


La conférence aurait été encore plus intéressante si elle avait été condensée, si le capitaine s’était strictement consacré au sujet, au lieu d’introduire des données essentiellement extérieurs à celle-ci.

Note 1: Lorsque les éditeurs Mormons du « Deseret News » blâme le capitaine Francis Tuttle pour ne pas se « consacrer strictement au sujet »,, ils ont peut-être voulu dire que le vieux capitaine de baleinier n’avait pas limité l’objet de la conférence à un sujet d’ « intérêt particulier » aux Saints des Derniers Jours.

Toutefois, à partir du résumé donné par le journaliste du « Deseret News » , il semble que Tuttle adapta ces remarques à un public désireux d’entendre parler de barrières de glace impénétrables dans l’extrême nord – et d’une terre inexplorée, tempérée, soixante miles au-delà de la barrière, à travers un océan Arctique tiède et dégelé. Tout cela s’est avéré être des éléments exagérés, évidemment pris hors contexte, à partir d’un récit autrement banal de chasse à la baleine dans le Nord.


Note 2: Plus de cinq ans après, dans une lettre adressée au capitaine George E. Tyson, en date du 7 décembre 1883, Americus Symmes, de « Symmeszonia » dans le Kentucky, exhorta Tyson à prendre le commandement d’une expédition d’exploration de l’Arctique, « obtenue par souscription, dans le but de trouver le pays que Nordenskjold, Wiggins et le capitaine Tuttle trouvèrent après le passage du pôle magnétique ». Partie de l’argumentation de Symmes pour justifier cette peu probable expédition, était fondée sur sa répétition des récits fantastiques attribués au capitaine Francis Tuttle, au sujet d’une terre trans-polaire tempérée et habitée – une terre qui d’après Symmes avait d’abord été découverte, en 1878-79, « par les capitaines Wiggins et Seabaum ».

Selon Symmes, « Le capitaine Tuttle a également signalé avoir trouvé le même pays et le même peuple, et décrit le peuple comme étant très nombreux, avec des cheveux noirs et les moustaches, le nez romain, et parlant hébreu ». Dans d’autres communications, Americus Symmes (le fils de John C. Symmes, l’initiateur de la fameuse « théorie des trous de Symmes » pour une terre creuse) prétendait que ces soi-disant nordiques parlant hébreu étaient les dix mêmes tribus qui avaient été perdues en Israël des siècles auparavant. Il apparaît, cependant, que le capitaine Tuttle ne relata pas ces histoires folles à son auditoire en Utah en 1878. Le « Salt Lake Tribune » du 23 juin 1878 annonça la future conférence de Tuttle, mais évidemment les éditeurs du journal ne trouvèrent rien dans la prestation de Tuttle qui méritait d’être rapporté.

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