Ce mollusque produit du byssus, une soie qui est aussi une colle, la plus performante du monde. Méconnue, elle n’est pas du tout exploitée.

Mais quelle est cette « barbe » dont est affublée la moule ? Cela s’appelle en réalité du « byssus », sorte de filament qui permet aux mollusques d’adhérer à un support. Ce que l’on sait moins, c’est que ce byssus est une colle, la plus performante du monde. Pourquoi ? Elle fonctionne à basse et haute températures, elle résiste aux rayonnements ultraviolets (UV) ainsi qu’au sel. Véritable révolution : elle colle aussi sous l’eau ! C’est grâce à ces filaments et à un système de micro-ventouses que la moule résiste aux turbulences des vagues de la mer ou de l’océan, et qu’elle reste solidement attachée lorsqu’on essaie de la ramasser…

Saviez-vous également que ce byssus était une soie ? Elle est connue depuis l’Antiquité, mais elle n’a jamais été exploitée économiquement. Si la nature était une huître, les hommes d’aujourd’hui auraient tendance à jeter la perle et à garder la coquille. La conchyliculture consiste à cultiver uniquement la chair de la moule, mais pas le reste. Et comment une telle absurdité a-t-elle pu perdurer pendant des milliers d’années ? Parce que, dans le vivant, la soie a toujours été sous-estimée de manière générale. Prenons par exemple les Chinois.

Quand ils ont commencé à planter des mûriers, leur but était de régénérer les sols. Et le ver, qui digérait les feuilles du mûrier et qui faisait un cocon autour, était complètement ignoré. Il était pratiquement considéré comme un déchet. Il faudra ensuite des siècles avant que les Chinois ne se décident à utiliser le produit de ce ver, la soie, et qu’ils ne donnent naissance à la colonne vertébrale du commerce mondial pendant 2 000 ans après eux : la « route de la soie ».

Création de gilets pare-balles d’un nouveau genre

Conclusion : la plus grande route commerciale de l’histoire mondiale, à laquelle on doit la ville irakienne de Bagdad, qui sera la capitale mondiale des sciences et des mathématiques, a été créée à partir d’une soie, une petite protéine créée par un petit ver. Peut-on imaginer le même succès avec la soie de moule ? Si elle était bien traitée et exploitée, elle pourrait servir à la création de gilets pare-balles d’un nouveau genre, de fibres optiques, d’emballages biodégradables, de prothèses osseuses.

Si la barbe de moule est une colle ultra-performante, elle est aussi le meilleur fil suturant connu sur terre. Une prouesse pour les médecins chargés de refermer des plaies ! Ainsi, il y a une route de la soie entière à construire à partir de ce « déchet », de cet objet si précieux que les éleveurs jettent aujourd’hui.

Idriss J. Aberkane est consultant international, enseignant à CentraleSupélec et chercheur industriel, également affilié à l’université Stanford en économie du développement. Il explique, chaque semaine en vidéos, les grandes principes du biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature pour innover durablement.

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