Dans l’Antiquité, la colline de la Pnyx, où Emmanuel Macron a choisi de s’exprimer, était utilisée pour accueillir l’Assemblée des citoyens d’Athènes. Paulin Ismard, historien de la Grèce antique, revient sur l’importance de ce berceau de la démocratie.

En visite officielle de deux jours en Grèce, Emmanuel Macron, Président de la République a souhaité prononcer un grand discours jeudi 7 septembre 2017, sur la colline de la Pnyx, à Athènes. En ce lieu symbolique proche de l’Acropole, siégeait à partir du VIe siècle avant notre ère l’assemblée des citoyens de la cité antique. Pourquoi avoir fait un tel choix ? Nous avons demandé à Paulin Ismard, historien de la Grèce Antique, maître de conférences à l’université Paris-1, de nous expliquer l’importance qu’a eu ce site emblématique, souvent qualifié de berceau de la démocratie.

S et A : Qu’appelle-t-on à Athènes, la colline de la Pnyx et pourquoi ce lieu est-il célèbre?

Paulin Ismard : Cette colline d’Athènes est devenue, à partir du moment où les institutions de la cité athénienne se sont mises en place à partir du début du VIe siècle avant notre ère, le lieu où se réunissait l’Assemblée de tous les citoyens d’Athènes, l’ekklésia, la grande innovation de la vie politique de cette cité. Il s’agit d’un lieu exceptionnel. C’est là où l’expérience de la parole libre et de la délibération a pris forme. Toutefois, dans la vie politique, le cœur battant de la démocratie athénienne se situait sur l’Agora, à 400m en contrebas, plutôt que sur la colline de la Pnyx.

Qui y avait accès et pouvait s’y exprimer ?

Tous les citoyens d’Athènes, indistinctement riches ou pauvres, pouvaient siéger à la Pnyx. Ces citoyens étaient exclusivement des hommes, adultes (âgés de plus de 18 ans), dont on sait par les textes qu’ils étaient un peu plus de 40 000. Sur une population globale de 200 000 à 300 000 habitants, ils ne constituent donc qu’une petite fraction de l’ensemble de la population. [Les femmes, les esclaves et les non Grecs en étaient exclus. NDLR].

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que par rapport à l’ensemble des autres cités grecques, ainsi que des formations politiques athéniennes qui lui étaient contemporaines, la très grande nouveauté de l’Assemblée de la Pnyx étaient pour les citoyens d’Athènes, d’être politiquement égaux et posséder un même statut politique, leur permettant de prendre la parole.

D’ailleurs, le rite par lequel s’ouvraient les Assemblées était magnifique ! Un héraut se plaçait au centre de l’Assemblée, pour poser la question solennelle et rituelle: « Quelqu’un veut-il prendre la parole ? ». L’orateur qui souhaitait le faire devait alors se lever pour se rendre au centre de l’auditorium, où une couronne lui était posée sur la tête avant qu’il ne s’exprime ! Environ 6000 citoyens pouvaient être accueillis en même temps sur la Pnyx.

Pendant combien de temps la colline de la Pnyx a-t-elle été utilisée ?

Le régime démocratique athénien a disparu en 87 avant notre ère avec la conquête romaine de Sylla. Mais l’Assemblée a continué à se réunir sur la Pnyx pendant au moins quatre siècles.

Il est souvent dit que Socrate y a été jugé et condamné à mort ?

Non. Socrate n’a pas été jugé par l’Assemblée sur la Pnyx. Il a été condamné par les Tribunaux athéniens. Un procès pour impiété, qui était dans les faits un  procès politique. Socrate a payé le fait d’avoir été trop favorable aux oligarques, et donc d’avoir été un adversaire de la démocratie. Il a été attaqué sur sa pédagogie, et la façon dont il enseignait à ses disciples.

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