Une ville que les scientifiques n’arrivent pas à expliquer. A moins que les poulpes, que l’on croyait solitaires, en construisent depuis longtemps… Sans qu’on ne le remarque.

Elle a été baptisée Octlantis. Une équipe internationale de chercheurs a découvert une citée sous-marine construite par des pieuvres [octopus en anglais], alors qu’ils exploraient la baie de Jervis, au large des côtes est de l’Australie.

Une découverte qu’ils n’ont pas encore réussi à expliquer, mais qu’ils détaillent dans une étude publiée dans Marine and Freshwater Behaviour and Physiology.  

Octlantis, qui a abrité jusqu’à 15 individus, possède des murs et des tanières.Marine and Freshwater Behaviour and Physiology

Octlantis, que les biologistes marins américains, australiens et canadiens ont filmé une dizaine d’heures, a abrité jusqu’à 15 céphalopodes. Située entre 10 et 15 mètres sous la mer, mesurant 18 mètres de long sur 4 de large, elle possède des murs et même des tanières sous-marines érigés avec du sable et des coquillages -probablement les restes d’anciens repas- expliquent.

« Ces pieuvres sont de vraies ingénieurs en environnement », estime auprès du Gardian Stephanie Chancellor, une des chercheuses à l’origine de la découverte. 

Schéma d’Octlantis. Rock = Pierre. Shell Bed = lit de coquillage. Occupied Den = tanière habitée. Unoccupied Den = tanière inhabitée.Marine and Freshwater Behaviour and Physiology

Autre surprise, les pieuvres d’Octlantis vivent réellement ensemble. Elles se regroupent, communiquent, et se battent pour chasser d’autres pieuvres tentant de s’emparer de leur habitat ou pour expulser celles qui ne sont plus les bienvenues.

Une autre ville découverte en 2009

« Ces comportements sont le produit de la sélection naturelle, et ressemblent à s’y méprendre aux comportements sociaux complexes observés chez les vertébrés, note David Scheel, chercheur à l’université américaine Alaska Pacific, interrogé par Quartz. Ce qui suggérerait que, quand les bonnes conditions sont réunies, l’évolution pourrait mener aux mêmes résultats chez des organismes très différents. »

Jusqu’ici, les scientifiques pensaient que les pieuvres ne se rencontraient que pour copuler, avant de se séparer à nouveau. Ce n’est peut-être pas le cas. Ici, une photo de pieuvres à Octlantis.Marine and Freshwater Behaviour and Physiology

Cette découverte vient confirmer ce que les scientifiques suspectaient déjà: les pieuvres ne sont pas forcément si solitaires et pourraient même avoir développé une culture propre. Des suspicions nées en 2009, lors de la découverte d’une autre ville baptisée Octopolis. Située non loin d’Octlantis, elle était le théâtre de violents combats entre mâles, certains utilisant des coquillages comme armes.

Mais le site, construit autour d’un objet métallique d’une trentaine de centimètres de long -de fabrication humaine-, avait été considérée comme une probable anomalie. Octlantis, elle, n’a pas été construite autour d’un objet non-naturel, mais autour de pierres.

Octlantis, un lieu très violent

« Les deux sites présentent des caractéristiques qui ont, je pense, rendu ces attroupements possibles, à savoir des affleurements de roches océaniques au milieu de régions particulièrement plates et sans relief », explique Stephanie Chancellor.

Mais est-ce suffisant pour expliquer ces regroupements? S’il y a beaucoup de nourriture autour des deux sites, ils attirent également de nombreux prédateurs. Et selon les observations des chercheurs, Octlantis est apparemment un lieu très violent. Les chercheurs ont donc du mal à comprendre pourquoi les pieuvres ont décidé d’y construire leur tanière et s’y regrouper.

500 millions de neurones sous les mers

L’une des réponses envisagées par les scientifiques est que ces constructions sont peut-être très communes, mais que nous ne les avions tout simplement jamais remarquées avant, par manque de moyens et de technologies. « En fait, nous ne savons toujours pas grand-chose du comportement des pieuvres, confesse Stephanie Cancellor. Nous avons besoin de faire d’autres recherches pour déterminer ce que tout ça peut bien signifier. »

Une chose est sûre, la pieuvre, dont on recense 300 espèces sur l’ensemble du globe, continue et continuera de surprendre les chercheurs. Doté d’un super-cerveau diffus -500 millions de neurones répartis dans un encéphale central, les lobes optiques et ses huit bras-, ce mollusque dispose d’impressionnantes capacités cognitives. Ce qui lui permet par exemple de dévisser un bocal dans lequel elle est prisonnière, ou même d’apprendre à utiliser un appareil photo.

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