« Les scientifiques ont découvert le plus vieux vertébré de la Terre : un requin du Groenland âgé de 512 ans. » En fait, la nouvelle n’est pas tout à fait nouvelle et l’âge de l’animal est un tout petit peu exagéré… Même si l’histoire reste fascinante, les articles publiés ces derniers jours manquent légèrement de nuances. Décryptage.

Son histoire est sans aucun doute fascinante. Dommage qu’elle ait été un tout petit peu exagérée. Ces derniers jours, les médias anglo-saxons se sont emparés du fabuleux récit de ce requin du Groenland, considéré comme le plus vieux vertébré de la planète. Le Newsweek, le Mirror, le Daily Star, le Sun, et même le Telegraph et Metro sont malheureusement allés un peu vite en besogne. Car contrairement à ce qu’ils annoncent, aucun requin vieux de 512 ans n’a été découvert par des scientifiques.

Un requin du Groenland peut vivre en moyenne 272 ans ont conclu les scientifiques dans une étude publiée il y a plus d’un an. (Photo : juniel85/Instagram)

Des recherches menées il y a un an

« Les réseaux sociaux s’emballent à propos des requins du Groenland, ces derniers jours. Tout ça n’est rien d’autre que la reprise de la même histoire qui date d’août 2016, s’il vous plaît, notez bien que nous n’avons pas trouvé de requins âgés de 600 ou 500 ans… » Le message émis par le scientifique danois Julien Nielsen, de l’université de Copenhague, sur son compte Instagram, à côté de la photo d’un article du journal India Times, est on ne peut plus clair.

Ce jeune spécialiste des requins du Groenland, qui présente cette année sa thèse sur le sujet, n’a pas attendu très longtemps pour exprimer son mécontentement face à l’avalanche d’articles le citant, lui et son équipe, dans la découverte d’un requin âgé de 512 ans.

D’abord remise à jour par le New Yorker le 25 novembre dernier, sans que ne soit faite la mention d’une nouvelle découverte, l’étude publiée en août 2016 par les scientifiques a ensuite fait la Une de Newsweek, avec une nuance dans le titre, cette fois-ci : « Le requin du Groenland est le plus vieux vertébré en vie et pourrait avoir 512 ans. »

Une nuance que les médias ont ensuite totalement occultée. « Les scientifiques ont découvert un ancien requin qui peut vivre plus de 600 ans » titre ainsi l’India Times. Une sorte de « téléphone arabe » complètement raté ! Sauf que ce bien des médias d’information qui se sont fait piéger par le jeu, pas des enfants dans une cour de récré.

Julien Nielsen a tout de suite démenti les articles publiés par certains médias anglophones sur l’étude qu’il a menée. (Photo : juniel85/Instagram)

« Nous avons ESTIMÉ (ce qui veut dire que cela n’a pas été vérifié) que l’un des requins avait AU MOINS 272 ans, ou plus précisément que ce requin avait entre 272 et 512 ans, avec un taux de certitude de 95,5 % (la seconde datation étant également une estimation non vérifiée) », explique Julien Nielsen, qui tente de remettre l’étude scientifique dans son contexte.

Les chercheurs n’affirment pas que l’une des 28 femelles étudiées était âgée de 512 ans, comme le laissent entendre les médias, seulement que son âge maximum possible est de 512 ans. Une nuance de taille. Les deux plus gros spécimens de requins du Groenland que les chercheurs ont examinés n’avaient que 335 et 392 ans (et c’est déjà beaucoup).

Les requins du Groenland vivent bien durant des siècles

Interrogé par Live Science, Julien Nielsen précise tout de même que « l’estimation d’âge la plus basse – au moins 272 ans – fait de ces requins du Groenland les vertébrés connus de la science vivant le plus longtemps ». Ces requins sont donc bien exceptionnels, même s’ils ne sont pas aussi vieux que l’ont rapporté les médias anglo-saxons.

Pour la plupart des requins, les scientifiques utilisent en général la structure osseuse pour établir leur âge. Mais les requins du Groenland sont des requins dits « mous », ce qui veut dire que leurs os ne sont pas suffisamment solides pour donner ces informations aux chercheurs. En partant du principe que ces squales grandissaient d’un centimètre tous les ans, les scientifiques ont donc utilisé une autre méthode, plus originale : ils ont relevé la taille de l’animal et l’ont corrélée avec l’âge.

Julien Nielsen a eu l’occasion d’approcher de nombreux requins du Groenland au cours de son étude. (Photo : juniel85/Instagram)

Avec 42 cm à la naissance en moyenne, et 5 mètres de long pour le plus grand spécimen observé, les chercheurs ont donc défini un âge de près de 392 ans pour la plus vieille des femelles étudiées, avec une marge de manœuvre de plus ou moins 120 ans. Ce requin a donc probablement vu le jour au milieu du règne de Louis XIII. Cela a déjà de quoi surprendre.

Si la longévité de ce requin est impressionnante, elle n’arrive pas à la hauteur d’autres espèces vivantes sur Terre. L’hydre, un mollusque d’eau douce, serait, selon les conditions environnementales qui l’entourent, virtuellement immortelle. « Le risque de mortalité est si faible que nous estimons que 5 % des adultes seraient encore en vie après 1 400 ans dans ces conditions contrôlées », écrivent les chercheurs dans leur étude.

« Les créatures qui peuplent les profondeurs de l’océan sont particulièrement difficiles à observer dans leur habitat naturel,relève Julien Nielsen, dans Live Science. Il y a encore beaucoup à apprendre sur de nombreuses espèces pourtant connues par la science depuis des années. Les requins du Groenland ne sont pas une exception. »

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