Elles trônent dans les collections des musées lyonnais depuis plus d’un siècle. Mais jusqu’alors, elles n’ont jamais livré leur secret. Depuis quelques semaines, 27 momies et 41 têtes de momies sont étudiées à Lyon dans le centre de conservation et d’étude des collections du musée des Confluences, dans le cadre d’un projet piloté par l’Université Paul Valery Montpellier 3.

Ces trésors, ramenés d’Egypte à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle par Charles-Louis Lortet, doyen de la faculté de médecine de Lyon puis directeur de l’ancien muséum d’histoire naturelle de Lyon, n’avaient jamais été explorés jusqu’à présent. Pour faire parler ces momies sans risquer de les détériorer, les chercheurs chargés du projet utilisent un mobile de radiologie médicale, habituellement utilisé dans les hôpitaux. L’appareil est mis à disposition par Samsung dans le cadre d’un partenariat inédit.

Etudier sans détériorer la momie

« L’intérêt majeur de l’imagerie médicale, c’est que c’est une méthode non invasive qui va permettre de connaître l’intérieur de la momie sans l’abîmer et sans avoir à la déplacer », explique Annie Perraud, docteur en égyptologie, spécialisée dans la momie humaine, à l’Université Paul Valery Montpellier 3 . Une pratique respectueuse qui n’a pas toujours animé les scientifiques par le passé. « Beaucoup de momies royales ont été débandelettées, comme ce fut le cas pour Ramsès II dont on a retiré les bandelettes entourant le corps en une matinée », rappelle le Dr Roger Lichtenberg, un radiologue impliqué dans le projet. Une étude scientifique financée par le laboratoire d’excellence Archimède.

Lyon, le 16 janvier 2018. Des momies du centre de conservation du musée des Confluences sont actuellement étudiées grâce à l’imagerie médicale par Annie Perraud, docteur en égyptologie, dans le cadre d’un projet piloté par l’université de Montpellier. – E. Frisullo / 20 Minutes

« Il a fallu attendre les années 1980 pour qu’il y ait une vraie prise de conscience et que l’on se rende compte qu’en agissant de la sorte on détruisait les momies irrémédiablement », ajoute l’égyptologue, soucieuse désormais d’en apprendre plus sur les cadavres embaumés abrités à Lyon.

Cette étude va en effet permettre, grâce aux images de grande précision de l’imagerie, d’enrichir les connaissances sur les procédés de momification. « Cela va nous permettre également d’en savoir plus sur l’état de santé de ces défunts et de poser un diagnostic anthropologique, c’est-à-dire de connaître le sexe, de déterminer une tranche d’âge », détaille Annie Perraud.

Les recherches devraient également offrir, d’ici à deux ans, une datation plus précise de ces momies, qui remontent à la période ptolémaïque, de -300 à notre ère. « Quand je radiographie une momie, je m’attends à tout. Je suis comme un médecin légiste. J’essaye de faire un diagnostic post-mortem », ajoute, passionné, le Dr Lichtenberg, qui a étudié plus de 350 momies au cours de sa carrière.

Plusieurs mois d’étude pour faire parler les momies

« Quand je suis dans le désert et que je dois radiographier une momie, je dois faire la radio, aller dans le labo. Il faut du temps pour que j’ai le résultat. Là, grâce à l’imagerie médicale, on prend une radio et la seconde qui suit nous avons le résultat, avec des images top d’une très grande précision », ajoute le spécialiste. Plusieurs mois seront encore nécessaires pour passer au crible les momies et les crânes du centre de conservation lyonnais, où une grande collection de 45 corps embaumés et 76 têtes est abritée.

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