Ils ont été baptisés Tupanvirus Soda lake et Tupanvirus Deep ocean. Ces virus du Brésil sont dotés d’un arsenal génétique plus complet que chez aucun autre virus. 

Le bestiaire des virus géants s’agrandit encore presque quinze ans ans après la découverte du Mimivirus et de plusieurs autres par la suite. Ces virus géants sont si gros qu’ils sont observables au microscope optique, et infectent généralement des amibes. Leur identification a créé une véritable secousse dans la communauté des biologistes. Leur existence amène en effet à repenser la définition de la vie et sa répartition actuelle en trois grands ordres (bactéries, eucaryotes, et archées). Deux nouveaux virus sont ainsi décrits dans la revue Nature Communications, ce 27 février 2018. Ils ont été découverts par le Professeur Bernard La Scola, de l’UMR MEPHI (Microbes Evolution Phylogeny and Infection) de l’université d’Aix-Marseille et de l’IHU Méditerranée Infection, et son équipe.

Une équipement génétique très complet

Les deux nouveaux virus sont apparentés au Mimivirus et ont été dénommés Tupanvirus Soda lake, pour le premier qui a été découvert dans un lac de soude au Brésil et Tupanvirus Deep ocean pour le second qui a été retrouvé à 3000 mètres de profondeur dans des sédiments océaniques au large du Brésil. Ils mesurent entre 450 et 550 nanomètres et « ressemblent beaucoup à Mimivirus mais ils ont la particularité de posséder une longue et large queue dont la fonction nous reste pour le moment inconnue » précise Bernard La Scola.

PROTÉINES. Mais ce n’est pas leur aspect extérieur qui déroute le plus. Les analyses des génomes de ces virus montrent qu’ils contiennent des gènes similaires à ceux des virus connus et des organismes des trois domaines de la vie. Et surtout que les Turpanvirus abritent un grand nombre de gènes impliqués dans l’assemblage des protéines dont les gènes nécessaires pour incorporer les 20 acides aminés connus. « Ils possèdent un équipement de translation génétique (à savoir transformer de l’ARN messager en protéines) unique dans le monde viral, bien plus imposant que certains eucaryotes. Ne leur manque pour être autonome que ce qui compose le ribosome(1) aussi ils ont toujours besoin d’un hôte pour synthétiser leurs protéines » explique le chercheur.

Des mégavirus dotés d’un génome plus grand que certaines bactéries

L’identification de ces deux nouveaux virus géants est « un nouveau pas dans la compréhension de l’originalité de ces virus ». Les scientifiques commencent à mieux comprendre « leur équipement en gène original et très complet, leur capacité à être infectés par des petits virus et enfin leurs mécanisme de défense pour s’en protéger« , ajoute Bernard La Scola. Il apparaît de plus en plus que ces organismes sont très différents des virus classiques. Dans les années 1950, on a sorti ces derniers du domaine du vivant car ils ne répondent pas à certains critères caractérisant la vie : ils ne peuvent se reproduire ou synthétiser des protéines qu’en utilisant la machinerie génétique d’une cellule hôte contrairement aux autres organismes vivants. Mais chez les virus géants ces distinctions perdent en partie leur sens. Les deux nouveaux Turpanvirus ont un matériel génétique plus conséquent que certaines bactéries, et presque tout l’équipement nécessaire à la synthèse des protéines ! Des biologistes envisagent depuis leur découverte de les classer dans une nouvelle branche du vivant, un quatrième domaine. Un débat est engagé en ce sens mais encore loin d’être clos.

(1) Le ribosome est une machinerie moléculaire chargée de décrypter le code génétique porté par l’ARN messager et de synthétiser les protéines correspondantes.

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