La déformation crânienne est une pratique ancestrale appliquée sur les nourrissons. À Toulouse, cette tradition a perduré jusqu’à l’aube de la Première Guerre mondiale, lui valant même le nom de «déformation toulousaine».

Ils ne viennent pas de mars ou d’un film de Hollywood. Ces étranges crânes allongés qui dorment dans les sous-sols du Muséum de Toulouse sont bien humains… et même toulousains ! Ils sont le fruit d’une déformation crânienne volontaire sur les nourrissons, une pratique très répandue jusqu’au XIXe siècle, notamment dans notre région qui lui a donné un nom : la «déformation toulousaine».

«Il ne faut pas se méprendre, ces déformations ne sont pas à proprement parler spécifiques à Toulouse», tient à préciser Bertrand de Viviès, directeur des musées de Gaillac et auteur d’ouvrages sur le sujet, «elle porte ce nom parce que les premiers anthropologues parisiens qui s’y sont intéressés au XIXe siècle ont fait leurs observations dans les hôpitaux et asiles toulousains.»

Pratique universelle

Pratique qui remonte jusqu’au néolithique (on retrouve des crânes déformés dans la nécropole de Vieille-Toulouse) et qui a touché tous les continents du Pérou à la Mongolie, filles comme garçons, la déformation crânienne consiste à malaxer le crâne encore mou du nouveau-né. Ce sont ensuite des coiffes très serrées qui donnaient cette forme particulière à la déformation toulousaine : allongée vers le haut ou vers l’arrière.

Mais pourquoi déformer les crânes ? Bertrand de Viviès apporte quelques lumières à cette énigme : «C’est peut-être lié aux invasions Burgondes du Moyen Âge ou aux Mongols dont les cavaliers avaient les crânes déformés. Les gens ont voulu ressembler à cette classe dominante. Cela peut-être également pour une raison esthétique. À l’époque on considérait qu’avoir le crâne allongé était plus beau. C’est aussi lié à un tabou sexuel pour qui les femmes qui ne devaient pas montrer leurs nuques et donc porter des foulards très serrés. Enfin il peut s’agir d’une raison prophylactique : un crâne déformé pouvait éviter certaines maladies.» Si nous connaissons les raisons de cette pratique, difficile de déterminer pourquoi elle a autant perduré dans notre région alors qu’elle s’éteignait en Europe. «Cela reste encore un mystère, avoue Bertrand de Viviès. On sait que ce sont notamment les sages-femmes qui perpétuaient ces déformations.

La croisade des médecins

Après une véritable croisade de la médecine contre ces pratiques, la déformation toulousaine s’arrête à partir de la Première Guerre mondiale. «À tort, les médecins du XVIIIe pensaient que cela rendait les gens bêtes. C’est faux puisqu’ils n’ont fait leurs études que dans les asiles alors qu’on sait aujourd’hui que le cerveau s’adapte au contenant. D’ailleurs quand on regarde les portraits des capitouls mais aussi de Lapérouse ou du médecin Philippe Pinel, tous ces hommes érudits présentaient cette modification osseuse.» Aujourd’hui oubliée, la déformation toulousaine était ordinaire il y a 150 ans. À tel point qu’un Toulousain remontant le temps se verrait entouré d’êtres humains aux crânes… d’extraterrestres.

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