Épuisé, Jean-Pierre Mayamba est plongé dans ses pensées à la tombée de la nuit, sur la rivière Yenge. Avec lui dans la pirogue, une chèvre que les rangers mangeront quelques jours plus tard.

Si le parc national de la Salonga a un budget estimé à plusieurs millions d’euros, alloués par les bailleurs internationaux, la réalité des rangers est toute autre sur le terrain. En patrouille durant plusieurs semaines consécutives, ces travailleurs de l’ombre composent avec les moyens du bord : dans la jungle, l’argent et la technologie de pointe n’ont que peu de pouvoir.

Dans Salonga, deuxième plus grand parc de forêt tropicale au monde, pas de colliers GPS sur les éléphants, ni de téléphones satellites pour chaque patrouille ou même de véhicule dernier cri pour intervenir en cas d’urgence.

L’absence de routes pousse l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) à travailler à un rythme singulier : celui de la forêt.

Un braconnier repéré dans une section du parc ? Les rangers doivent se déployer plusieurs jours, à pied puis en pirogue, sans possibilité de localiser leur cible. Débute alors un dangereux cache-cache où chaque indice doit être relevé : une branche coupée à la machette, une empreinte ou un feu de camp abandonné la veille.

Dans ce contexte difficile, les rangers patrouillent en sandales, s’avançant dans l’eau parfois jusqu’à la taille. Le sort des éléphants des forêts, dont la population a chuté de 150 000 à 2 000 individus entre 1975 et 1995, dépend du travail acharné de ces héros méconnus de la conservation.

Les rangers se réchauffent autour d’un feu de camp après que la pluie a stoppé leur marche quotidienne.
Un ranger cherche des traces d’éléphants de forêt au bai de Sukisa. Les « bais » sont des clairières marécageuses dans lesquelles les éléphants se baignent à la tombée de la nuit. Il reste environ 2 000 éléphants à Salonga, contre 150 000 il y a 30 ans.
Après une journée de marche, les rangers montent le camp : un feu pour cuisiner et une bâche pour passer la nuit. Protection sommaire contre les intenses pluies tropicales.
Antoine Bolito, garde-parc, prend sa douche dans le lit inondé de la rivière Yenge, dans le Parc National de la Salonga.
Un ranger fume avant de partir en patrouille.
Un ranger prie avant de partir pour une patrouille de quinze jours à l’intérieur du parc.
Après plusieurs semaines de patrouille, les rangers se coupent mutuellement les cheveux.
Les rangers se dirigent vers leur pirogue après avoir retrouvé une pièce de moteur cassée par une branche submergée. Ils seront ensuite coincés dans la forêt 7 jours durant, attendant l’envoi d’un nouveau moteur par pirogue.
La saison des pluies inonde de nombreuses zones du parc, obligeant les rangers à marcher plusieurs heures dans des cours d’eau ou marécages.
Une colonie de chauves-souris en déplacement au-dessus de la rivière Yenge, dans le bloc nord de Salonga.
Le parc national de la Salonga est une forêt tropicale humide de la taille des Pays-Bas. Dans cette jungle épaisse, en l’absence de routes, la progression des rangers est lente et compliquée.
Les rangers unissent leurs forces pour pagayer jusqu’au camp, après qu’une branche submergée a endommagé le moteur de la pirogue.
À peine visible, la pirogue des rangers descend la rivière Luile, dans le bloc Nord du parc national de la Salonga. La pirogue motorisée est le moyen de transport le plus rapide dans le parc, irrigué par de nombreux cours d’eau.
Le parc de la Salonga, isolé et constitué de forêt dense, est relativement bien protégé des groupes armés sévissant en RDC. Les rangers doivent cependant être armés en cas de confrontation avec des braconniers, parfois lourdement armés.
Épuisé, Jean-Pierre Mayamba est plongé dans ses pensées à la tombée de la nuit, sur la rivière Yenge. Avec lui dans la pirogue, une chèvre que les rangers mangeront quelques jours plus tard.

Issus des villages autour du parc, sans formation paramilitaire, parfois quinquagénaires, ils opèrent dans un environnement extrêmement exigeant, avec un très modeste salaire à la clef.

Grâce à leur travail, ce parc national unique au monde pourrait un jour revoir prospérer éléphants de forêt et bonobos, et ainsi devenir un haut lieu touristique de la RDC.

Souvent isolées, les aires protégées du Congo sont à la merci des braconniers. Dans un pays où les crises politique, sécuritaire et économique perdurent, la corruption s’étend à toutes les couches de la société.

Les braconniers arrêtés se retrouvent bien souvent en liberté plus tôt que prévu, et plus armés que jamais. C’est pourtant le développement du tourisme vert qui pourrait offrir un répit au géant d’Afrique centrale, frappée par des vagues de violence depuis plus de 20 ans.

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