Le site archéologique de Sedeinga se situe au Soudan, à une centaine de kilomètres au nord de la troisième cataracte du Nil, sur la rive Ouest du fleuve. Surtout connu pour abriter les ruines du temple égyptien de la reine Tiyi, épouse royale d’Amenhotep III, ce site accueille également une grande nécropole, rassemblant des sépultures datant des royaumes de Napata et de Méroé (VIIe siècle avant J.-C. / IVe après J.-C), une civilisation mêlant traditions locales et influences égyptiennes.

Des tombes, stèles et linteaux viennent d’être mis au jour par une équipe internationale pilotée par des chercheurs du CNRS et de Sorbonne Université dans le cadre de la Section française de la direction des antiquités du Soudan, cofinancée par le CNRS et le ministère de l’Europe et des affaires étrangères2. Ils représentent l’une des plus grandes collections d’inscriptions méroïtiques, la langue la plus ancienne d’Afrique noire, connue à ce jour.

Photo aérienne de la fouille en décembre 2017

La nécropole de Sedeinga s’étend sur plus de 25 hectares et abrite les vestiges d’au moins quatre-vingt pyramides de briques et de plus d’une centaine de tombes, datant des royaumes de Napata et de Méroé (VIIe siècle avant J.-C. / IVe siècle après J.-C). Les programmes de recherche effectués depuis 20093 ont porté sur la chronologie de la construction de cette nécropole, une question difficile car il ne reste que très peu d’informations historiques sur cette civilisation.

Les chercheurs ont notamment montré que la plupart des pyramides et des tombes sont un réaménagement, par les Méroïtes, de structures datant de l’époque du royaume de Napata. Un aménagement qui intervient donc cinq siècles après la première édification et que les Méroïtes ont complété par de nouvelles chapelles, bâties en briques et en blocs de grès sur le flanc oriental des pyramides et destinées au culte du défunt. Cette pratique est une particularité des Napatéens et des Méroïtes, qui ont une véritable vénération pour les monuments du passé, à la différence de leurs voisins égyptiens.

Pyramides de Méroé

Des éléments de grès décorés, comme des stèles, mais aussi des linteaux et des montants de porte, ont été retrouvés en surface, fournissant de magnifiques exemples de l’art funéraire méroïtique. Citons une stèle retrouvée sur la tranche, qui a conservé tous ses pigments, notamment bleus, une rareté pour ce type d’objets soumis habituellement aux aléas du temps. Autre pièce d’exception découvert : un linteau de chapelle représentant Maât, la déesse égyptienne de l’ordre, de l’équité et de la paix. Il s’agit de la première représentation de cette déesse avec des traits africains.

Le montant de chapelle funéraire avec la figure de la déesse Maât. Il date également du IIe siècle apr. J.-C. (Royaume de Méroé). © Vincent Francigny / Mission archéologique de Sedeinga

Lors de la dernière campagne de fouille, fin 2017, les chercheurs ont découvert une stèle au nom de la Dame Maliwarase. Ses liens de parenté avec les notables de Nubie (le nord du royaume de Méroé) y sont détaillés : elle est ainsi la sœur de deux grands-prêtres d’Amon et l’un de ses fils a exercé la fonction de gouverneur de Faras, une grande cité en bordure de la deuxième cataracte du Nil.

Stèle au nom de la Dame Maliwarase. /© Claude Rilly / Mission archéologique de Sedeinga

Les archéologues ont aussi mis au jour un linteau sur lequel figurent quatre lignes de textes qui présentent le propriétaire de la sépulture, une autre haute dame, Adatalabe. Elle est issue d’une illustre lignée qui comprend un prince royal, membre de la famille régnante de Méroé. Ces deux stèles écrites pour des femmes de haut rang ne sont pas isolées à Sedeinga. Dans la société méroïtique, ce sont en effet les femmes qui incarnaient le prestige de la famille et qui en transmettaient l’héritage.

La stèle d’Ataqeloula, trouvée en novembre 2017 sur la nécropole de Sedeinga. Elle date du IIe siècle de notre ère et commémore une femme de la haute société de Sedeinga, ainsi que les membres prestigieux de sa famille.

Toutes ces découvertes permettent de progresser dans la connaissance de la civilisation méroïtique, issue du métissage culturel entre l’Égypte et l’Afrique noire qui caractérise encore le Soudan d’aujourd’hui. Ces objets funéraires représentent ainsi la plus grande collection de textes rédigés en méroïtique, la langue la plus ancienne d’Afrique noire, écrite avec des caractères empruntés à l’égyptien ancien.

Le directeur de la mission, Claude Rilly, est chercheur CNRS au laboratoire de Langues et Cultures d’Afrique Noire (CNRS/Inalco). Il codirige cette mission avec Vincent Francigny, directeur du SFDAS (MEAE). Ces recherches ont été financées par la commission des fouilles du Ministère français de l’Europe et des Affaires Etrangères (MEAE) et par le laboratoire de Textes-Archéologie-Histoire d’Orient et Méditerranée (CNRS/Université Sorbonne/Université Panthéon-Sorbonne/EPHE/ France). La recherche menée entre le 14 novembre et le 19 décembre 2017, dernière en date, a reçu le prix de la Fondation Jean et Marie-Thérèse Leclant.

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2 Commentaires

  1. Rascisme archeologique, quand tu nous tiens… merci de nous montrer un bas relief ou une sculpture d’un blanc egyptiens avant les ptolémes qui etaient grecs, cela n’existe pas en Afrique ( et c’est un blanc fiere de l’etre qui vous ecrit. )

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