Selon les premières hypothèses, la momie de Fougères, qui passait ce vendredi matin un scanner à l’hôpital, daterait de 1 000 ans avant J-C. Il s’agirait du corps d’une femme d’un rang social élevé qui serait morte à moins de quarante ans.

« Prenez garde à la tête, elle est très fragile. » Alors que le jour se lève à peine sur le cimetière de Fougères, la restauratrice Laure Cadot orchestre un convoi extraordinaire. La momie, ramenée à Fougères au XIXe siècle par un notable fougerais, passait ce vendredi matin un scanner à l’hôpital de Fougères.

Protégée par une housse, elle a traversé le cimetière dans une camionnette conduite par des agents municipaux avant d’être placée précautionneusement sur un brancard pour rejoindre à 7 h le service de radiologie.

« C’est vraiment émouvant de pénétrer ainsi dans l’intimité d’une personne qui nous vient de la nuit des temps», commente le radiologue Ali Benslimane. Pour pouvoir ouvrir un nouveau dossier médical, l’équipe de radiologie a baptisé la momie Eolia, du nom donné par les élèves fougerais et vitréens qui avaient travaillé sur elle il y a plus de trente ans.

Pour le radiologue, le squelette est celui d’une femme de moins de quarante ans.

Le scanner dévoile la position du corps de la momie sous les bandelettes. Ses bras ont été placés en croix sur le thorax « en position osirienne en référence au dieu protecteur des morts dont les représentations adoptent souvent cette posture », détaille la restauratrice.

Un corps jeune et bien conservé

Au côté de l’égyptologue Henri Loffet, le docteur fait part de ses premières observations : « Le corps est bien conservé et ne présente aucune fracture. Manifestement il s’agit d’une personne de moins de quarante ans qui avait une bonne hygiène de vie car toutes les dents sont en très bon état et que le corps ne présente aucun signe de maladie dégénérative de type arthrose. L’architecture du bassin peut laisser penser qu’il s’agit d’une femme. »

« La momie est plus ancienne que ce que nous croyions, poursuit l’égyptologue. La présence de paquets canope, c’est-à-dire de viscères qui ont été extraits, entourés de bandelettes puis réintroduits dans le corps, permet de la situer entre 1 000 ans et 800 ans avant J-C. »

Un rang social élevé

« À cette époque, on éviscérait entièrement l’abdomen, on isolait les intestins, le foie, l’estomac, les reins et le cœur car les Égyptiens voulaient écarter tous les éléments susceptibles de faire pourrir la matière, on les plaçait sous le patronage de divinités (fils d’Horus et autres déesses) et on les enveloppait dans des linges avant de les remettre dans le corps. Conserver l’enveloppe corporelle était d’importance capitale pour les Égyptiens car, dans l’au-delà, l’âme devait retrouver le corps intact pour permettre sa résurrection », resitue l’expert.

D’après lui, ces paquets canope attestent également que la personne momifiée occupait un rang social élevé dans la société égyptienne.

Un rapport avec le sarcophage de Vitré ?

L’hypothèse d’un lien entre la momie et le sarcophage de Vitré, qui remonterait selon l’étude de l’égyptologue Marie-Christine Budischovsky au IIIe ou au IIe siècle avant JC, semble donc de moins en moins probable.

« Il y a eu des milliers d’usurpations de sarcophages car il était très coûteux de s’en procurer un », rappelle Henri Loffet.

La momie a passé son scanner à 7h ce vendredi matin, avant les rendez-vous habituels.

Il est 8 h 30. L’heure pour la momie de céder la place aux patients habituels du service radiologie. Retour à l’accueil du cimetière.

« Nous avons accompli notre mission. La momie a été déplacée sans accident et les images obtenues sont impressionnantes », se félicite Thomas Bruneau, le Fougerais passionné d’archéologie qui a récemment relancé les investigations pour retracer l’histoire de la momie.

Quel avenir pour la momie ?

Une boîte de conservation en contreplaqué marine, semblable à celles utilisées pour contenir les ossements, va être réalisée par les agents municipaux sous la houlette de la restauratrice Laure Cadot.

« Nous allons ensuite choisir un local avec un niveau d’hygrométrie (taux d’humidité) constant et une température stable pour entreposer la momie », annonce Évelyne Gautier-Le Bail, adjointe au maire en charge de la Culture et du patrimoine.

La momie et le sarcophage devrait faire l’objet d’un examen au carbone 14 dans les prochaines semaines dans le but d’affiner la datation à 50 ou 100 ans près. Se posera ensuite la question de la valorisation de ces pièces : une exposition temporaire ? Une place dans une collection d’art égyptien au sein d’un musée ? Un stockage en réserve ?

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