Le réchauffement climatique pousse la flore montagneuse vers les cimes. C’est le constat qu’une équipe de 53 chercheurs de onze pays différents a fait en compilant les données disponibles sur le nombre de plantes recensées de 302 sommets montagneux d’Europe parmi lesquels ceux des Alpes, des Pyrénées, des Carpates, d’Écosse ou de Scandinavie. Cette étude a été publiée dans la revue Nature, le jeudi 5 avril 2018.

L’écosystème gagne progressivement les altitudes car il bénéficie de conditions plus favorables à son développement. Ainsi, les sommets sont cinq fois plus colonisés par de nouvelles espèces de plantes, ces dix dernières années qu’au cours de la décennie 1957-1966. Le rapport souligne que dans 87% des cas étudiés, la flore montagneuse s’est enrichie. Les chercheurs montrent également que cette tendance concorde avec l’augmentation des températures.

Ils rappellent que les montagnes sont particulièrement sensibles au changement climatique et subissent un réchauffement rapide. Les auteurs du rapport constatent également que d’autres facteurs globaux comme les retombées atmosphériques azotées liées aux polluants ou encore la fréquentation des sommets par l’Homme n’expliquent pas cette accélération, les impacts variant selon les zones étudiées.

Un phénomène inquiétant

L’étude est basée sur 145 ans de relevés botaniques. Ce recul permet aux auteurs du rapport de montrer la forte accélération du processus. Car cette colonisation de la flore des niveaux inférieurs vers les cimes est de plus en plus rapide. Les chercheurs du CNRS soulignent, à travers un communiqué, que cette migration concerne également des espèces réputées pour se déplacer lentement. Ce phénomène inquiète les chercheurs qui précisent qu’une fois que les plantes auront atteint le sommet, qui est leur dernier refuge, il n’y aura pas d’autre échappatoire possible. « Les écosystèmes montagnards pourraient ainsi être fortement perturbés à l’avenir », assure le CNRS.

« Jusqu’à présent, aucune extinction d’espèces des sommets n’a été observée« , expliquent les chercheurs du centre national de la recherche scientifique. Mais, les plantes, migrant des niveaux inférieurs, sont plus vigoureuses que celles des cimes. Elles sont mieux armées pour s’imposer, avec une taille plus importante. Certaines plantes pourraient donc disparaître car elles ne seront pas en mesure de rivaliser avec des espèces plus compétitives provenant des niveaux inférieurs. Le CNRS explique qu’un déséquilibre du fonctionnement de l’écosystème montagnard serait à craindre si certaines espèces de plantes venaient à disparaître.

Les auteurs du rapport pensent qu’il s’agit là d’une nouvelle preuve de la « grande accélération », un concept proposé dans les années 2005 par plusieurs scientifiques pour décrire la croissance exponentielle, après 1950, des altérations de la biosphère par les activités humaines. Ce phénomène est pour les scientifiques le révélateur de bouleversements sociaux et environnementaux.

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