Les esthètes de l’Egypte antique avaient bien recours à la chimie de synthèse pour fabriquer leur maquillage. Telle est la conclusion du travail de Lucile Beck du laboratoire de mesure du carbone 14 (CEA/CNRS/IRD/IRSN/ministère de la Culture) et ses collaborateurs, publié dans Communications Chemistry (Nature) du 28 juin 2018.

A la base de ce résultat, la première datation au 14C sur du carbonate de plomb, dans des échantillons d’onguent, prélevés dans des pots à fard de l’ancien Egypte.  Jamais encore le taux de l’isotope 14 du Carbone n’avait été déterminé dans ce composé, et pourtant, le carbonate de plomb, de formule chimique PbCO3, a été très prisé par l’art et l’archéologie sous le nom de cérusite ou de blanc de plomb, et de phosgénite, depuis l’Antiquité et jusqu’au début du XXe siècle , époque où il a été interdit à cause de sa toxicité.

Plomb et vinaigre

La présence de cet isotope radioactif dans le carbonate de plomb est importante à deux niveaux : d’abord cela signifie que le mode de préparation de l’onguent utilise des méthodes de chimie de synthèse. En effet, le 14C est produit dans la haute atmosphère et se trouve incorporé dans les organismes vivants grâce aux échanges gazeux qui caractérisent la vie.

Une poudre uniquement minérale ne devrait donc pas en comporter. « Ces produits cosmétiques étaient fabriqués à partir du plomb métallique exposé à l’air et corrodé grâce à du vinaigre, raconte Lucille Beck. Or, le vinaigre comporte des microorganismes qui ont dû fixer du carbone 14 de l’atmosphère de l’époque.

Cela suppose que tout un procédé de synthèse était bien maîtrisé. Les travaux de Philippe Walter du laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale (LAMS) soupçonnaient déjà la maîtrise de cette chimie de synthèse. La présence du carbone 14 en apporte une preuve. »

Soins cosmétiques dans l’Égypte antique

Dater les cosmétiques

Puis, le 14C permet la datation de l’onguent : en effet dès que l’organisme vivant n’effectue plus d’échanges gazeux,  c’est-à-dire à sa mort, le taux de 14C diminue progressivement selon les lois de la décroissance radioactive. Ce qui permet de dater l’échantillon. Et là, la datation apporte aussi une éclatante confirmation : le carbonate de plomb remonte bien à trois siècles avant notre ère, pile dans la haute Antiquité.

Quant à la phosgénite, elle a été fabriquée il y a 3500 ans, ce qui confirme la maîtrise de ces procédés chimiques par les anciens Egyptiens et les Grecs. Cette méthode de mesure de 14C dans le carbonate de plomb peut être désormais exploitée pour dater tout ce qui est à base de blanc de plomb, très présent dans les peintures de la Renaissance. Source

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