Si les calculs de l’astrophysicien Jonathan McDowell sont corrects, la frontière cosmique où les lois de l’espace aérien cèdent subitement aux lois de l’espace orbital pourrait être beaucoup plus proche que nous le pensons.

Selon de nouveaux calculs, nous devrions réviser la ligne de Kármán, qui délimite la frontière entre l’atmosphère terrestre et l’espace. Cette dernière serait plus proche d’environ 20 kilomètres que nous le pensions. « La définition de la ligne de Kármán date d’avant le lancement du premier satellite Spoutnik », écrit Jonathan McDowell, astrophysicien au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics (États-Unis), dans un nouveau papier qui paraîtra dans le numéro d’octobre d’Acta Astronautica« La limite la plus largement acceptée est actuellement fixée à 100 km d’altitude ».

Problème : Selon McDowell, cette ligne de Kármán – notion acquise pour beaucoup de scientifiques aujourd’hui – est basée sur des décennies d’informations mal interprétées, qui ne tiennent pas compte des vraies données orbitales. Outre son intérêt scientifique, notons également que cette remarque ne manque pas de présenter des intérêts économiques et juridiques.

Dans sa nouvelle étude, McDowell s’est penché sur des données recueillies auprès du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), qui surveille l’espace aérien aux États-Unis et au Canada. Ces informations concernaient les trajectoires orbitales de quelque 43 000 satellites. La plupart d’entre eux étaient négligeables pour l’étude de McDowell – ils étaient sur une orbite beaucoup plus haute que la ligne Kármán proposée. Mais une cinquantaine de ces satellites se sont toutefois démarqués. Chacun d’entre eux aurait effectivement accompli au moins deux rotations complètes autour de la Terre à des altitudes inférieures à 100 km. Le satellite soviétique Elektron-4, par exemple, a fait dix fois le tour de la planète à environ 85 km d’altitude, avant de dégringoler dans l’atmosphère et de brûler en 1997.

Partant de ce constat, le chercheur s’est ensuite appuyé sur un modèle mathématique dans le but de redéfinir cette lisière entre l’atmosphère terrestre et l’espace. Il place aujourd’hui la ligne de Kármán à 80 km au-dessus de la surface terrestre. Outre les aspects techniques, cette nouvelle définition pourrait soulever d’importantes questions politiques et territoriales. La ligne de Kármán définit en quelque sorte l’équivalent des « eaux internationales » dans l’espace. Ainsi, les engins circulants sous la barre des 100 kilomètres sont sous la juridiction du pays dont ils traversent l’espace aérien : un pays concurrent passant sous cette « barre » pourrait alors être considéré comme un « agresseur » potentiel.

Notons enfin qu’une réévaluation de la ligne de Kármán pourrait également présenter un intérêt pour des sociétés de tourisme spatial. En effet, baisser de 20 kilomètres la lisière de l’espace est alors bénéfique pour les promoteurs. Source

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