L’ibis chauve est classé parmi les 100 espèces les plus menacées au monde, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui publie tous les ans sa liste rouge. Mais en Europe, certains tentent de réintroduire cet oiseau qui en a disparu depuis 400 ans. Avec des techniques parfois peu orthodoxes.

Son plumage est noir, sa tête chauve et son bec courbé et teinté de rouge. L’ibis chauve (Geronticus eremita) n’est certainement pas le plus beau des volatiles, loin s’en faut, mais son apparence peu commune en fait une véritable source de curiosité. Malheureusement pour nous, il est au bord de l’extinction. Dans la nature, seuls 600 spécimens vivent encore à l’état sauvage au Maroc, tandis que 200 volent en semi-liberté du côté de la Turquie.

Dans le reste de l’Europe, il a été chassé et victime de la dégradation de son habitat qui ont conduit à sa disparition dès le XVIIe siècle. A tel point qu’à l’heure actuelle, la population captive dans les zoos du monde dépasse la population sauvage, avec un effectif d’environ 1.600 oiseaux. Mais cette tendance pourrait bientôt commencer à s’inverser.

Un peu partout en Europe, des conservateurs tentent actuellement de réintroduire l’espèce dans la nature. L’Espagne, l’Allemagne et l’Autriche sont les lieux principaux où ont lieu ces tentatives. Menées par le Waldrapp Project, elles sont notamment soutenues par l’Union Européenne et l’association espère bien continuer à réintroduire les ibis jusqu’en 2019, avant de tirer un premier bilan.

Elevé en captivité, l’ibis ne sait pas par où migrer 

Jusqu’ici, 84 spécimens élevés en captivité ont été réintroduits en Allemagne et en Autriche. Le problème est que l’ibis chauve est une espèce migratrice qui volent vers des terres plus chaudes une fois l’hiver approchant. Or, élevés en captivité, les spécimens réintroduits ont perdu une partie de leurs instincts naturels. Pour la nourriture, ils semblent être capables de se débrouiller, tout comme pour la construction de leurs nids, indispensables pour la reproduction.

En revanche, pour la migration, c’est plus compliqué. Les animaux semblent savoir qu’il leur faut se déplacer à l’automne, mais sans savoir vers où. Après avoir grandi au contact de l’homme, la boussole des oiseaux semble ne plus fonctionner. Si bien qu’ils se perdent et finissent par mourir. Johannes Fritz, du Waldrapp Project, a ainsi décidé de donner un coup de main plutôt insolite aux oiseaux.

A bord d’un avion ultra-léger, il guide les ibis à travers les Alpes pour les emmener en Toscane, en Italie, lieu où ils passent l’hiver, avant de revenir au printemps. « On est comme des pionniers, le premier exemple de réintroduction dans la nature pour des oiseaux dont les migrations sont guidées par l’homme », témoigne Johannes Fritz cité par The Guardian.

Le facteur limitant étant, pour l’instant, la capacité des oiseaux à suivre le petit aéronef. Car la distance à couvrir est longue, plus de 1.000 kilomètres, et tous les ibis, surtout les jeunes, ne semblent pas comprendre pourquoi il est si important de suivre leurs soigneurs dans les airs. « Au début, les oiseaux ne comprennent pas trop quand la personne qui les nourrit tous les jours s’assoit dans le petit avion. Mais un jour, hop, ça connecte. Et on est parti jusqu’en Toscane », sourit Fritz.

Certains dénoncent une mauvaise utilisation des ressources

Si les images peuvent émouvoir et susciter l’enthousiasme, pour certains autres naturalistes, le projet ne se focalise pas sur les bonnes choses. « Il vaudrait mieux concentrer les ressources sur la population qui progresse au Maroc et continuer à rendre à la vie sauvage les ibis vivant en Turquie », estime Armin Landmann, zoologiste à l’université d’Innsbruck.

Néanmoins, les progrès sont lents mais concrets. Dans le sud de l’Allemagne et en Autriche vivent en liberté plus d’une centaine d’ibis chauves. Les premières générations se sont déjà reproduites et les oisillons ont appris la route migratoire que les humains avaient montré à leurs parents. Les préparatifs pour la migration de cette année ont déjà démarré avec une trentaine de petits issus du zoo de Vienne. 

D’ici, Johannes Fritz et d’autres volontaires reprendront donc les airs pour conduire les oiseaux vers leur lieu de repos hivernal. Après un premier bilan dressé en 2019, l’équipe espère pouvoir poursuivre les efforts pour arriver à une population de 500 ibis chauves s’étendant sur un territoire allant jusqu’en Suisse d’ici 2057. « Admettons, ils ne sont pas très beaux mais [ils sont] charismatiques« , explique Fritz. Qui n’est jamais aussi heureux de sa réussite que quand les ibis volent en V autour de sa machine. Source

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