À plus de 3 700 mètres d’altitude, au sud de Quito, en Équateur, un étrange phénomène se produit chaque année, entre septembre et octobre. Des centaines de maubèches des champs (Bartramia longicauda), des oiseaux migrateurs, viennent mourir dans le lac Ozogoche, situé dans la province andine de Chimborazo. Étudié par plusieurs scientifiques depuis des années, cet étonnant ballet mortel reste un mystère.

À cette époque de l’année, des milliers d’oiseaux quittent l’Arctique et les zones côtières d’Alaska et du Canada pour migrer vers le sud et la pampa argentine. Les maubèches, elles, en survolant la zone, se jettent par centaines dans les eaux glacées du lac Ozogoche.

L’endroit est sacré pour les habitants de la région. Ces derniers considèrent ce drôle de phénomène comme le signe annonciateur de la saison des pluies. Et chaque année, ils honorent ce « sacrifice » lors d’un grand festival qui réunit des centaines de personnes des environs et attire de plus en plus de touristes autour de nourriture traditionnelle, musiques et danses.

Interrogé par l’agence Associated Press, un chamane local assure que les volatiles se donnent la mort « pour la vie des habitants qui s’installent ici, dans les hauteurs les plus froides de la région ». Car il y a tellement d’oiseaux à mourir dans le lac, que la population locale, les Yachacs, a pris l’habitude de ramasser les carcasses rejetées sur les rives pour les manger. La maubèche, une fois cuite, aurait un goût similaire à celui du poulet.

Plusieurs hypothèses

« Ça arrive tous les ans, donc c’est difficile d’expliquer ce phénomène par une quelconque maladie qui frapperait ces oiseaux », avance Tatiana Santander, ornithologue à Quito, interrogée par Euronews. Selon elle, les oiseaux « n’ont aucun problème » et sont « en bonne santé ».

Voici à quoi ressemble une maubèche des champs.

Depuis 1993, date qui marque le début des études sur cette étrange migration, plusieurs hypothèses ont été avancées afin d’expliquer ce mystérieux « suicide collectif ». Tjitte de Vries, qui a été directeur du département de Biologie de l’université catholique de Quito, avait déterminé l’origine de ces oiseaux, estimant qu’ils arrivent surtout du nord des États-Unis, de Denver et du New Jersey.

Selon lui, ce sont les plus faibles et les plus vieux, épuisés par le voyage, qui meurent dans le lac. Quand ils frôlent la surface de l’eau pour boire, la modification de la pression atmosphérique et la chute brutale de leur température corporelle les affectent davantage que leurs congénères en pleine forme et ils tombent dans le lac glacé.

D’autres chercheurs avancent que des vapeurs chargées de soufre montant des lacs volcaniques de la région intoxiquent ces oiseaux. Mais comment expliquer qu’aucune autre espèce de la région ne soit affectée ? Tatiana Santander est persuadée que la météo de la région joue un rôle dans cette curieuse affaire. « Les vents très forts peuvent désorienter les oiseaux, surtout la nuit, et les précipiter dans la zone du lac, très froide. Le choc thermique provoque leur mort », indique-t-elle.

Pour les habitants de ces hauteurs andines, peu importe l’explication scientifique. Ils estiment que leur lac a une énergie spéciale qui attire les oiseaux. Et ils s’y baignent aussi pour profiter de supposés bienfaits pour la santé. Source

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