Elle aurait 4 500 ans : une rampe découverte par une équipe de recherche franco-anglaise, sur le site de Hatnoub, dans le désert égyptien, permet de repenser les théories sur la construction des pyramides d’Égypte.

C’est un système vieux comme le monde ou presque qu’une équipe d’égyptologues franco-anglais a découvert à Hatnoub, une ancienne carrière dans le désert égyptien. « À l’origine, lorsque j’ai fondé cette mission en 2012, c’était pour étudier des inscriptions dans les carrières », se souvient Yannis Gourdon, fondateur et codirecteur de la mission archéologique d’Hatnoub.

Mais en 2015, les recherches ont pris une tout autre dimension. En travaillant sur les inscriptions, les chercheurs ont mis en lumière une interruption chronologique : « Nous avions des inscriptions datant du règne de Khéops, dernier pharaon de la IVe dynastie, et celui de Téti, premier roi de la VIe dynastie. Mais rien entre les deux. » Au centre il y avait des gravats. « C’est là que nous avons creusé, en espérant trouver des éléments de la Ve dynastie. »

Un système de transport des blocs exceptionnel

L’équipe ne trouve pas les inscriptions qu’elle recherche mais dégage un escalier. « Nous savions alors qu’un chercheur allemand avait travaillé là vers 1907. Il avait trouvé des marches et sans doute le début d’une rampe. Mais ces découvertes n’avaient été publiées qu’après sa mort en 1928 et personne n’avait été vérifié sur place. Cette rampe et cet escalier ne représentaient que quelques lignes dans ce rapport. »

Alors, en 2015, lorsque l’équipe franco-anglaise de Yannis Gourdon découvre cet escalier, l’égyptologue originaire d’Angers réalise « qu’on a mis le doigt sur un truc extraordinaire ».

En continuant les fouilles, l’équipe trouve « le début de la rampe », puis « des marches de l’autre côté ». Cette année, ils ont dégagé une rampe de 30 mètres de long sur trois de large, encadrée par deux escaliers, parallèles.

« Mais on sait que cette rampe fait plutôt une centaine de mètres. Là ce n’est que la partie haute. » Le tout creusé directement dans la roche en calcaire.

La pente de trois mètres de large, encadrée par deux escaliers aux marches trouées, transportait, il y a 4 500 ans, des blocs de plusieurs tonnes. (Photo : Yannis Gourdon / Ifao)
Vues du ciel, les anciennes carrières d’Hatnoub ressemblent à une tulipe, selon les égyptologues. (Photo : Th. Sagory / Ifao)

Sur les marches, les égyptologues découvrent des « trous de poteaux de 70 cm de diamètre, explique le codirecteur. Ce qui laisse penser que les poteaux qui allaient dedans faisaient 50 cm de diamètre, c’est énorme ! C’était donc pour porter des matériaux très lourds. Plusieurs tonnes. »

Car sur ces trous étaient attachées des cordes, elles-mêmes attachées à un traîneau sur lequel étaient posés des blocs d’albâtre. « Par un système de contrepoids, ces cordes empêchaient le traîneau de repartir en arrière. »

Une inclinaison forte

Une rampe pour transporter des blocs lourds, un système bien connu des archéologues. Mais ce qui est inédit ici, c’est l’inclinaison de cette rampe. « Elle est au minimum de 20 %. » Extrêmement pentue. Or jusqu’alors, lorsqu’on évoque les rampes qui ont pu servir à la construction de pyramides d’Égypte, on les évalue entre 5 et 10 %. Moins pentue et donc plus longue, « jusqu’à 2 km ».

Compliqué pour construire de si grand édifice. Alors qu’en ayant une pente à 20 %, « la rampe peut faire une centaine de mètres tout au plus. On explose les chiffres. Ca remet en question les théories sur les rampes de construction », assure Yannis Gourdon.

Et l’incroyable ne s’arrête pas là. En étudiant les traces d’outils, l’équipe a déduit que cette rampe avait été creusée en une fois. Et qu’au regard des inscriptions qui marquent sa paroi, « on sait qu’elle a été construite au plus tard sous Kheops, il y a 4 500 ans ».

Au même moment que la grande pyramide d’Égypte, à Gizeh, une des merveilles du monde antique. Ainsi, « à l’époque de Khéops, on savait faire des rampes avec des pentes à 20 % ». Et si celle d’Hatnoub est directement creusée dans la roche, l’égyptologue en est certain, « ce système a pu être transposé ailleurs. Et surtout des rampes ont pu être construites dans d’autres matériaux. »

Un système transposable à Gizeh ?

Alors à 200 km des carrières d’Hatnoub, la grande pyramide d’Égypte a-t-elle été construite grâce à une rampe inclinée à 20 % ? Pour l’heure il existe de nombreuses théories sur la construction des pyramides. Parmi les plus sérieuses, « il y a la rampe droite, de 2 km de long ; la rampe enveloppante, tournant autour de la pyramide et s’élevant avec elle ; ou une rampe interne. Mais chacune de ces théories a des inconvénients. »

Cette pente à forte inclinaison apporte donc un élément nouveau :« La théorie de la rampe droite retrouve un intérêt car elle n’a plus besoin d’être si longue ! C’est une avancée extrêmement importante dans la pyramidologie ! », s’exclame le chercheur.

150 inscriptions habillent les parois de la rampe. Elles racontent toute une histoire. (Photo : B. Touchard / Summum 3D / Ifao)

Les recherches menées à Hatnoub suscitent désormais un fort intérêt, « nous étions cinq en 2012, nous sommes aujourd’hui 90 ». Soutenue par le Fonds Kheops pour l’archéologie, l’institut HIP (héritage, innovation, préservation) et Gédéon Programmes, la mission – sans date de fin – « a un bel avenir devant elle. Nous travaillons actuellement sur les inscriptions sur les parois. Il y en a 150 et elles racontent toutes quelque chose. De la vie d’un homme à une expédition de 4 000 personnes. »

Car en Égyptologie, Yannis Gourdon l’assure : « On a beau voir les mêmes choses tout le temps, on trouve toujours quelque chose qu’on n’avait pas vu. On ne s’ennuie jamais ! » Source

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