Deux squelettes de dinosaures devaient s’échanger aux enchères ce mercredi à plus de 600.000 euros pièce (même s’ils n’ont pas trouvé preneurs cette fois-ci). Cette surenchère est potentiellement dangereuse pour la science.

Les dinosaures sont-ils des œuvres d’art comme les autres? Devant le squelette de Trix, magnifique T. Rex découvert dans le Montana et exposé au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) de mars 2018 jusqu’au 1er novembre, Bruno David, directeur du MNHN, n’hésitait pas à présenter l’animal comme la Mona Lisa du Jurassique.

Voici Trix, un magnifique T. Rex découvert dans le Montana

Une comparaison ô combien méritée, tant le spécimen était impressionnant du haut de ses quelque 66 millions d’années. Mais derrière les têtes d’affiche que les grands musées peuvent s’échanger dans le cadre d’expositions temporaires, le marché des dinosaures s’affole.

Ce mercredi, deux squelettes complets de dinosaures devaient ainsi s’échanger à Paris à des montants minimaux estimés de 600.000 et 800.000 euros. Des chiffres décourageants pour les conservateurs de musée qui doivent souvent se contenter de répliques en plâtre pour le public.

Cet engouement, et même cet affolement dans les ventes privées, pose au moins deux questions. «Les musées n’ont pas les moyens de débourser des sommes aussi importantes», explique Ronan Allain, paléontologue au MNHN. «C’est frustrant de penser que les musées se contentent de présenter des moulages.» D’aucuns veulent voir dans ces ventes inaccessibles au plus grand nombre, une vitrine pour mettre en avant les dinosaures et encourager les visiteurs a se précipiter dans les musées.

Un argument que Ronan Allain balaie d’un revers de main. «Les dinosaures fascinent depuis qu’on en a découvert le premier os. En témoigne le succès de l’expo un T. Rex à Paris. Il n’y a pas besoin de ces ventes pour donner envie de voir des dinosaures. Et quoi de plus normal, un squelette de dinosaure remonté, c’est quelque chose de splendide!»

Plus embêtant, l’affolement des marchés n’est pas sans conséquence sur la recherche scientifique. Le principal enjeu est de garantir la présence d’un spécimen de référence à disposition des chercheurs. Ces spécimens sont appelés «type» et servent à décrire une espèce donnée. Pour chaque espèce connue, un type est précieusement gardé dans un musée. Aux États-Unis, dont sont issus la plupart des squelettes mis en vente, le commerce des squelettes est ainsi totalement libre à partir du moment où l’espèce à laquelle il appartient est déjà connue et présente dans un musée.

Des législations différentes en fonction des pays

Problème, la définition des espèces de dinosaures est une science qui, en elle-même, pose de nombreuses questions. Beaucoup d’espèces ont été mal nommées ou confondues avec des spécimens juvéniles. Le débat fait rage, par exemple, dans la communauté pour savoir si le Nanotyrannus est une espèce en soi, ou bien simplement un bébé T. Rex.

D’autre part, «sur le marché, un squelette de T. Rex se vendra plus cher qu’un dinosaure inconnu,» constate Ronan Allain. «Sur chaque vente aux enchères il faut donc être particulièrement vigilant que le revendeur ne fasse pas passer un dinosaure inconnu pour un autre connu, afin de faire gonfler son prix.» On risquerait alors de passer à côté de nouvelles espèces.

Certains pays ont adopté des législations plus protectrices encore. En février 2017, le squelette d’un dinosaure marin vieux de 66 millions d’années a été retiré du catalogue d’une vente Drouot à Paris après la demande de restitution de l’Association pour la protection du patrimoine géologique du Maroc qui ne souhaitait tout simplement pas qu’il quitte le pays. En France, si vous trouvez un dinosaure dans votre jardin il vous appartient.

«Le propriétaire est alors libre de faire ce qu’il veut du squelette, mais si les autorités jugent que le spécimen est exceptionnel, ils peuvent en bloquer la vente et le contraindre à rester sur le territoire»,explique Ronan Allain. La Chine est plus radicale encore: elle a longtemps interdit à tout squelette découvert sur son sol de quitter le territoire ou d’être vendu. Les règles se sont un peu assouplies et les échanges avec les musées sont maintenant autorisés. Officiellement, aucun dinosaure vendu aux enchères à ce jour ne vient de Chine. Source

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