Cent-dix mètres de haut, trois kilomètres de long et sous ses 55 millions de m3 de sable, des tessons, des trous de poteau et des vestiges de l’âge du Fer: la dune du Pilat fait l’objet de fouilles archéologiques qui montrent que la plus haute dune d’Europe fut habitée pendant des siècles.

« On parle toujours du désert des Landes et on s’aperçoit qu’en fin de compte, les gens ont occupé de tout temps le secteur », dit à l’AFP Philippe Jacques, en grattant un bout du sol de la célèbre et immense formation de sable surplombant l’entrée du bassin d’Arcachon (Gironde).

M. Jacques, enseignant en Sciences de l’ingénieur et archéologue, est à la tête d’une équipe d’une dizaine de bénévoles comme lui, dûment accrédités par le ministère de la Culture et les autorités locales pour fouiller actuellement 500 m2 sur deux sites.

Sur le premier, de minuscules fragments de céramique — des anciens moules à sel – mélangés au sable témoignent de la présence d’un site de production de sel, au début de l’âge du Fer (700-600 avant JC).

« C’est très sommaire. Il y a un foyer. Il suffisait de chauffer l’eau », dit-il. C’est le troisième découvert, ce qui veut dire « que ces populations, dont le nombre est difficile à estimer, sont venues s’installer pour produire du sel ». Elles ont amené des troupeaux, ont sans doute pratiqué l’agriculture.

A quelques mètres de là, une autre surface d’une vingtaine de m2, patiemment dégagée à la truelle par des retraités ou des étudiants en archéologie du Groupe de recherches archéologiques du pays de Buch, est parsemée de trous de poteau, vestiges d’habitations.

« Une forêt avec des clairières »

« Il y en a 22. Cela veut dire que plusieurs bâtiments se sont sans doute succédé ». Des tessons de poterie ont été trouvés. Ils seront datés au carbone 14.

Les fouilles, qui se terminent vendredi, auront duré 15 jours. La précédente campagne d’envergure date de 2014. Mais une quarantaine de sites archéologiques ont été repérés depuis les années 1960.

On a déjà trouvé des silex, une urne funéraire remplie d’os calcinés qui n’ont pu être datés, des pots plus modernes pour récolter la résine. Difficile de trouver plus précieux : « Le sable est acide et fait disparaître beaucoup de choses », dit le spécialiste.

Avec la mer à quelques dizaines de mètres, le sable entoure les fouilleurs. « On a du mal à croire aujourd’hui qu’il y a des vestiges sous la dune mais il faut imaginer une côte complètement différente, une forêt avec des clairières » et la mer, beaucoup plus distante, qui arrivait par des estuaires. 

Car la dune s’est constituée au fil du temps, le sable recouvrant la forêt avant lui-même d’être à nouveau recouvert par la végétation. La première de quatre grandes strates — « paléosols » — , visibles à leurs traces noires, date de la fin de la préhistoire, la dernière et la plus haute, du début du XIXe.

La dune « a toujours été une zone habitée », dit M. Jacques. Aujourd’hui, ses pentes de sable, mouvantes selon les vents et les intempéries, sont fréquentées chaque année par deux millions de touristes.

Le site, mesuré, photographié, etc, sera ensuite recouvert. Les vestiges, étudiés et stockés, seront un jour exposés dans un futur musée national dans la commune de La Teste-de-Buch.

Source AFP

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