En plus de fondre à une vitesse plus rapide que prévu, l’Antarctique verrait ses écosystèmes naturels uniques menacés par une présence humaine croissante sur son sol, révèle une étude publiée le 4 mars par la revue Nature.

En dépit de son éloignement géographique et de ses conditions climatiques extrêmes, le continent blanc serait de plus en plus impacté par la présence humaine. Sur ses 14 millions de km2 de superficie, 390 sont désormais recouverts de bâtiments et 5 200 sont affectés par les activités anthropiques, comptabilisent les chercheurs. Une proportion peu importante, certes, mais qui a l’inconvénient de « se concentrer de façon disproportionnée dans les zones les plus sensibles du continent », où vivent entre autres les iconiques manchots Adélie, désormais en voie de disparition, mais aussi des phoques, des éléphants de mer, des albatros, des cormorans…

Manchots Adélie

Des images satellites recueillies entre 2005 et 2016 ont permis aux chercheurs d’établir « la base de données la plus précise sur l’empreinte écologique de l’humain sur l’ensemble du continent Antarctique ». Leurs analyses révèlent que plus de 80 % des infrastructures construites sur le continent sont situées dans des zones dépourvues de glace, qui sont précisément celles qui renferment la plus grande diversité de faune et de flore du continent. Plus de la moitié des régions côtières non gelées seraient ainsi impactées.

Une présence humaine grandissante

En 1899, des explorateurs, dont les Britanniques Scott et Shakleton, construisent les premières cabanes sur les terres désolées du Continent blanc. Mais les activités humaines ne prennent de l’ampleur qu’à partir des années 1950, entraînant la signature du Traité sur l’Antarctique en 1959 afin d’y assurer des relations internationales pacifiques, puis en 1991 d’un protocole relatif à la protection de l’environnement désignant le continent comme une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». Avant celui-ci, « le déversement de déchets, notamment d’hydrocarbures, était monnaie courante, et les évaluations des impacts environnementaux, très limitées », soulignent les auteurs de l’étude.

Touristes en Antarctique

Malgré ces accords, les activités humaines continuent de prendre de l’ampleur. En cause : une attractivité touristique importante – 44 000 touristes y ont posé leurs valises durant l’été austral 2016/2017 –, des décharges de déchets, une quarantaine de stations de recherche scientifique, des pistes d’atterrissage… « À cela s’ajoute un large éventail d’impacts, dont le rejet des eaux usées, la contamination des hydrocarbures et métaux lourds, ainsi que les impacts sonores et visuels, qui affectent les valeurs écologiques et scientifiques de l’Antarctique », s’inquiètent les chercheurs.

Lieu-témoin du réchauffement climatique

Un constat inquiétant, quand on sait que l’Antarctique représente une indicateur essentiel du changement climatique. Fin janvier par exemple, des chercheurs affiliés à la NASA ont découvert une cavité de 300 mètres de hauteur au cœur du glacier géant de Thwaites à l’ouest du continent, faisant craindre un scénario catastrophe, avec une hausse global du niveau de la mer de plus de trois mètres.

Les recherches scientifiques y semblent donc à la fois nécessaires et périlleuses : « Le paradoxe, note l’étude publiée dans la revue Natureest que ces impacts, en majeure partie liée aux recherches scientifiques qui y sont menées, pourraient entrer en conflit avec le besoin de préserver les environnements encore vierges ». Source

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