En 1400, la cité de Cahokia, l’une des premières villes construites par les Amérindiens au VIIe siècle, a été laissée à l’abandon. Mais pourquoi ? Ce mystère intrigue les archéologues. Dans une nouvelle étude, une équipe de chercheurs américains avance que le changement climatique est l’un des principaux facteurs. Et pour en arriver à cette conclusion, ils ont analysé des excréments.

De l’ancienne cité de Cahokia, il ne reste que les tertres en forme de pyramides tronquées recouvertes d’herbe. Ce site archéologique, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, fut l’une des premières villes construites par les Amérindiens. Elle a été fondée au VIIe siècle près des rives du Mississippi au sud-ouest de l’État de l’Illinois, pas loin de la ville actuelle de Saint-Louis (Missouri).

En 1100, cette ville d’environ 16 km² est le chef-lieu de la culture mississippienne. Elle possède un centre-ville, des places publiques, des lieux de culte, et abrite jusqu’à 20 000 habitants. En 1400, elle est complètement déserte. La population n’a pas attendu l’arrivée des colons européens pour laisser à l’abandon cette ville florissante… Alors, que s’est-il passé ? Les archéologues se posent la question et ont émis plusieurs hypothèses.

Catastrophes naturelles, guerre civile ou climat ?

Selon beaucoup de spécialistes, la cité aurait été construite rapidement vers l’an 600 à une époque où la culture du maïs s’intensifie dans la région.

Peut-être que les sols ont été surexploités et que les habitants ont dû quitter les terres qu’ils avaient détruites. À moins que Cahokia ne se soit jamais relevée d’une succession de catastrophes naturelles, comme des inondations et un séisme au XIIIe siècle. La ville a pu également être le terrain d’une guerre civile.

Une équipe de chercheurs américains vient de publier une nouvelle étude sur le sujet dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Selon eux, le changement climatique est un facteur important dans le déclin de cette ville pionnière.

Une étude basée sur de vieux excréments

Dans le cadre de leur étude, les chercheurs ont allié deux disciplines : l’archéologie et la climatologie. Et ils sont allés chercher des réponses dans des sédiments prélevés dans le lac de Horseshoe, qui se trouve juste à côté de l’ancienne cité de Cahokia.

Les chercheurs ont trouvé des traces d’excréments humains anciens dans différentes couches de sédiments. Ces vestiges de la population de Cahokia ont été transportés par les eaux et se sont accumulés au fond du lac au fil des années.

Le site archéologique de Cahokia.

Les scientifiques ont pu ainsi mesurer l’évolution de la population : plus une couche de sédiments contient de traces d’excréments, plus la population devait être dense.

Cette analyse a permis de confirmer que le nombre d’habitants a constamment augmenté depuis l’an 600 jusqu’à atteindre son pic en 1100. Il a commencé à diminuer à partir de 1 200 jusqu’à la disparition complète de la population en 1400. Ces résultats sont similaires aux estimations calculées lors de précédentes fouilles archéologiques.

Ensuite, l’analyse des sédiments a permis aux chercheurs de suivre l’évolution du climat au cours de cette période. La région a été frappée par des sécheresses et des inondations, dont une crue significative du Mississippi, vers 1150. À partir de 1200, ils ont enregistré une baisse importante des précipitations. Ce changement climatique a pu avoir des conséquences sur la production de nourriture, et plus particulièrement, sur les récoltes de maïs.

Un facteur impossible à ignorer

« Lorsqu’on montre qu’il y a des corrélations avec le climat, certains archéologues disent que ce n’est pas un facteur. Mais c’est difficile de soutenir un tel argument quand on voit que les changements importants du climat imposent de nouveaux défis aux humains »,souligne Sissel Schroeder, professeure d’anthropologie à l’Université de Wisconsin-Madison dans un communiqué de presse.

Les altérations du climat n’ont pas nécessairement décimé la population de Cahokia. Cependant, les habitants de l’ancienne cité ont sans doute été contraints de modifier leur organisation sociale.

« Les cultures peuvent être très résistantes face au changement climatique, mais cela ne signifie pas pour autant que les humains ne changent rien. On peut assister à des réorganisations de la société, voire des migrations », précise Sissel Schroeder. Ce constat fait écho aux préoccupations actuelles. « Nous sommes peut-être soumis à des pressions similaires aujourd’hui, sauf que nous avons moins d’options pour migrer », conclut la chercheuse. Source

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