Agacé par la lenteur et l' »inertie bureaucratique » de la Nasa, le gouvernement de Donald Trump a annoncé mardi une accélération du retour d’astronautes américains sur la Lune, de 2028 à 2024.

Le vice-président Mike Pence l’a annoncé lors d’un discours très sévère envers l’agence spatiale américaine à « Rocket City », à Huntsville dans l’Alabama, où sont construites depuis les années 1960 les fusées américaines.

« Sur ordre du président, la politique officielle de cette administration et des Etats-Unis d’Amérique est de faire revenir des astronautes américains sur la Lune d’ici cinq ans », a déclaré Mike Pence, qui préside le Conseil national de l’espace, une instance de la Maison Blanche sortie des limbes par Donald Trump après son arrivée au pouvoir.

Chronologie de l’exploration de la Lune, par pays depuis 1959

« La première femme et le prochain homme sur la Lune seront des astronautes américains, lancés par des fusées américaines depuis le sol américain », a ajouté Mike Pence, confirmant ce qu’avait dit l’administrateur de la Nasa: une femme devrait être la prochaine à fouler le sol lunaire, qu’aucun humain n’a touché depuis la fin des missions Apollo en 1972.

Donald Trump avait entrepris de sortir la Nasa de la torpeur dans laquelle elle était entrée avec la fin des navettes spatiales en 2011, et fixé en 2017 comme objectif un retour sur la Lune comme première étape avant l’exploration humaine de Mars.

La Nasa avait finalement établi un calendrier progressif d’envoi de robots et d’instruments, avant un atterrissage humain sur la Lune en 2028.

Image de synthèse, le 7 février 2018, de la future fusée de la Nasa SLS, qui doit ramener les astronautes américains sur la Lune

« Cela ne suffit pas. Nous valons mieux que cela. Cela nous a pris huit ans pour aller sur la Lune la première fois, il y a cinquante ans, alors que nous ne l’avions jamais fait. Cela ne devrait pas nous prendre 11 ans pour y retourner », a déclaré Mike Pence.

Changer la Nasa

Il a comparé Donald Trump à John F. Kennedy, tous deux « rêveurs ». Et il a ravivé le langage de la Guerre froide, substituant la Chine à l’URSS comme grande rivale dans l’espace.

Un élément de la future fusée SLS construite par Boeing pour la Nasa, au site d’assemblage de Michoud, le 14 décembre 2018 à La Nouvelle Orléans

« Nous sommes engagés dans une course spatiale tout comme dans les années 1960, mais les enjeux sont plus importants », a affirmé le numéro deux américain. Il a rappelé que la Chine avait fait atterrir un robot sur la face cachée de la Lune, « révélant son ambition de saisir l’avantage lunaire ».

Tranchant avec le ton feutré et les louanges habituellement réservés à la mythique agence spatiale, il a vertement critiqué les années de retard et les milliards de dollars de dépassement de budget de la puissante fusée SLS, en cours de construction par Boeing pour la Nasa, et dont le premier vol (non habité) était prévu en 2020 jusqu’à ce que la Nasa annonce récemment qu’elle ne serait pas prête à temps.

Capture d’image de la Nasa TV du vice-président américain Mike Pence, le 26 mars 2019 à Huntsville, en Alabama

Et dans ce temple industriel de la Nasa, il a menacé directement Boeing.

« Si les sous-traitants actuels ne peuvent atteindre cet objectif, nous en trouverons d’autres qui y parviendront », a dit Mike Pence. « Si les fusées privées sont la seule façon de ramener des astronautes américains sur la Lune dans cinq ans, alors ce seront des fusées privées », a-t-il lâché.

Il n’a pas cité SpaceX ou d’autres sociétés, mais l’allusion était claire. SpaceX a actuellement des fusées capables de lancer des charges lourdes dans l’espace, et Mike Pence a sous-entendu que plutôt que d’attendre que la fusée gouvernementale SLS soit prête, l’administration était prête à louer les services de transporteurs privés moins chers.

L’administrateur de la Nasa Jim Bridenstine (g) au siège de la Nasa, le 29 novembre 2018 à Washington

« Nous allons demander à la Nasa non seulement de changer de politique, mais d’adopter un nouvel état d’esprit », a poursuivi le vice-président. « La Nasa doit se transformer pour devenir une organisation plus légère, plus agile et qui rend plus de comptes. Si la Nasa n’est pas capable d’envoyer des astronautes américains sur la Lune d’ici cinq ans, nous devons changer l’organisation, pas la mission ».

« Message parfaitement reçu », a répondu quelques minutes plus tard le patron de la Nasa, Jim Bridenstine, qui a assuré que SLS serait accélérée et finalement prête en 2020. Source AFP

2 Commentaires

  1. Les politiques américains sont en début de campagne pour l’élection de 2020 et, comme à chaque fois, ils ressortent un nouveau projet pour retourner sur la lune…
    Comme les projets ARES et CONSTELLATION, le projet ORION + SLS sera probablement abandonné après 2020 car trop cher au regard de ce qui pourrait être fait par SPACEX avec ses fusées à 1er étage réutilisable…
    Le vrai conquérant de l’épopée lunaire américaine des années 1969 à 76 s’appelait Wernher Von Braun et depuis sa mort en 1977, personne n’a réussi à refabriquer des moteurs fusées géant fiables à propergols liquides de type F1 de 677 tonnes de poussée (les 1er étage des SATURN V étaient équipés de 5 moteurs F1) pour retourner sur la lune…
    Le retour sur la lune pour y rester avec une base permanente nécessiterait une fusée bien plus puissante que le SLS et seuls SPACEX et la Chine (CZ9) font un travail sérieux sur le sujet. La NASA ne fait que de la veille technologique à moindre coût et il est probable que les choses n’évolueront sérieusement qu’après le premier lancement d’une CZ9 Chinoise…

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