Des archéologues ont découvert quinze nouveaux sites présentant plus d’une centaine de jarres en pierre millénaires dont certaines contenaient encore des restes humains.

Des centaines de jarres géantes pouvant mesurer jusqu’à trois mètres de haut, parfois vieilles de plus de 2000 ans et remplies d’ossements humains: telles sont les étonnantes découvertes réalisées dans les forêts montagneuses du nord du Laos par des archéologues de l’Australian National University (ANU). Celles-ci étaient dispersées sur 15 sites différents, ce qui semble montrer que cette pratique fut un jour très répandue dans la région même si la signification et l’histoire précises de cette coutume restent mystérieuses.

Ce n’est pas la première fois que des archéologues tombent sur ces étranges jarres en pierre. En 1930 déjà, dans la région du Xiang Khouang, au nord-est du pays, une équipe d’archéologues français menée par Madeleine Colani découvre ces grands pots qui peuvent parfois mesurer jusqu’à 8 mètres de circonférence pour 2 à 3 mètres de haut. «On ne sait pas ce qu’ils pouvaient représenter, ni si ces jarres sont propres à un seul groupe d’individu, ou bien s’il s’agit d’un trait culturel partagé», explique Christofle Pottier, maître de conférences à l’Ecole française d’Extrême-Orient.

Au total, l’équipe de l’ANU a mis au jours 137 nouvelles jarres datées entre 500 av. J.-C. et 500 apr. J.-C., démontrant donc que cette pratique était plus répandue qu’on ne pouvait le penser. «Ces nouveaux sites n’avaient été visités qu’occasionnellement par des chasseurs de tigres», explique Nicholas Skopal, membre de l’équipe responsable de cette découverte. «Maintenant que nous les avons découverts, nous espérons nous faire une idée claire de cette culture et de ses rites funéraires.»

Difficile de savoir qui a déposé ses morts dans ces immenses récipients. «C’est toute la difficulté de ces découvertes», commente de son côté Christofle Pottier. «Elles doivent être remises dans un contexte, mais on ignore qui peuplait la région à cette époque.» En effet, les conditions particulièrement difficiles de conservation des objets dans cet environnement humide limitent nos connaissances archéologiques.

Différents indices mettent en évidence le développement de civilisations dans le sud-est asiatique pendant l’Âge de Bronze (1500-5000 av. J.-C.). Des groupes qui seraient arrivés du nord quelques centaines d’années plus tôt. La métallurgie du bronze et la présence de parures de coquillages dans des lieux situés loin des côtes témoignent d’un essor important des communications et de la mise en place d’échanges commerciaux. La richesse de certaines tombes permet de présumer l’émergence d’une élite pendant l’âge de fer (de 500 av. J.-C à 500 apr. J.-C.)

Des géants assoiffés

Si une légende locale veut que ces jarres aient autrefois servi de coupes à des géants ivres et assoiffés, les archéologues penchent plutôt pour une fonction funéraire. Ces contenants pouvaient servir à abriter temporairement un défunt ou faire office de cimetière secondaire. Dans de nombreuses cultures anciennes, la mort était en fait perçue comme une transition progressive du monde des vivants vers celui des morts. Pour honorer cette tradition, les corps du défunt auraient été disposés peu de temps après le décès afin que les membres de la famille puissent observer le processus de décomposition. Après un certain temps, le corps aurait ensuite été placé dans un pot et enterré dans la terre. «Le choix des sites reste toujours un mystère. D’autant que nous n’avons aucune preuve d’occupation humaine dans cette région», ajoute le professeur O’Reilly lui aussi membre de l’équipe de l’ANU.

«Nous avons trouvé des jarres mégalithiques similaires à Assam, en Inde, et à Sulawesi, en Indonésie»

En plus des jarres, des disques en pierre sculptés ont été découverts. Il s’agirait de marqueurs funéraires placés autour ou sur les jarres, comme couvercle. La face décorée de chaque disque reposait contre le sol ou vers l’intérieur du pot. «La sculpture décorative est relativement rare sur les sites où les jarres ont été retrouvées et nous ne savons pas pourquoi certains disques ont une imagerie animale et d’autres des motifs géométriques», précise Dougald O’Reilly. Les premières observations suggèrent que les jarres ont été sculptées dans des carrières avant d’être transportées jusqu’à leur localisation actuelle.

Des céramiques, des perles de verre, des outils en fer, des fuseaux, des sortes de boucles d’oreilles ont été trouvés autour de ces sépultures. Et aussi de petites jarres, identiques aux plus grosses, mais en argile et d’une taille très inférieure. «Nous aimerions vraiment savoir pourquoi ce peuple recréait en miniature les jarres dans lesquelles ils disposaient ses morts et les plaçaient dans les sépultures», ajoute Dougald O’Reilly. «Nous avons trouvé des jarres mégalithiques similaires à Assam, en Inde, et à Sulawesi, en Indonésie, donc nous aimerions enquêter sur de possibles connexions, lors de la préhistoire, entre ces régions.» Source

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