La destruction de la grande bibliothèque d’Alexandrie a été considérée comme l’une des plus grandes pertes du monde antique. Près d’un million de documents provenant d’Assyrie, de Grèce, de Perse, d’Égypte, d’Inde et de bien d’autres puissantes civilisations de l’époque se trouvaient sur ses étagères. Aucune trace de la bibliothèque n’a jamais été trouvée, mais des documents historiques parlent de sa désastreuse disparition.

L’essor d’Alexandrie

Alexandrie, l’une des plus grandes villes du monde antique, a été fondée par Alexandre le Grand après sa conquête de l’Egypte en 332 avant JC. Après la mort d’Alexandre à Babylone en 323 avant JC, l’Égypte tombe aux mains d’un de ses lieutenants, Ptolémée. C’est sous Ptolémée que l’Alexandrie nouvellement fondée est venue remplacer l’ancienne ville de Memphis comme capitale de l’Egypte. C’est le début de l’essor d’Alexandrie.

Pourtant, aucune dynastie ne peut survivre longtemps sans le soutien de ses sujets, et les Ptolémées en étaient bien conscients. Ainsi, les premiers rois ptolémaïques cherchèrent à légitimer leur domination de diverses manières, notamment en assumant le rôle de pharaon, en fondant le culte gréco-romain de Sérapis et en devenant les mécènes de l’érudition et du savoir (une bonne façon de montrer sa richesse, en passant). C’est ce patronage qui a abouti à la création de la grande Bibliothèque d’Alexandrie par Ptolémée.

Au fil des siècles, la Bibliothèque d’Alexandrie a été l’une des plus grandes et des plus importantes bibliothèques du monde antique. Les grands penseurs de l’époque, scientifiques, mathématiciens, poètes de toutes les civilisations sont venus étudier et échanger des idées. Jusqu’à 700 000 rouleaux remplissaient les étagères. Cependant, la bibliothèque s’est perdue dans l’histoire dans l’une des plus grandes tragédies du monde académique et les chercheurs ne sont toujours pas parvenus à s’entendre sur la façon dont elle a été détruite.

La Grande Bibliothèque d’Alexandrie

Théorie 1 : Jules César

L’un des récits les plus intéressants de sa destruction vient peut-être des récits des écrivains romains. Selon plusieurs auteurs, la Bibliothèque d’Alexandrie aurait été accidentellement détruite par Jules César lors du siège d’Alexandrie en 48 avant JC. Plutarque, par exemple, fournit ce compte :

Quand l’ennemi a essayé de couper sa flotte (celle de Jules César), il a été forcé de repousser le danger en utilisant le feu, et cela s’est répandu depuis les chantiers navals et a détruit la grande bibliothèque.

(Plutarque, La vie de Jules César, 49.6)

Ce récit est toutefois douteux, car le Musaeum (ou Mouseion) d’Alexandrie, qui se trouvait juste à côté de la bibliothèque, n’a pas été touché, comme le mentionne le géographe Strabon environ 30 ans après le siège de la ville d’Alexandrie par César. Néanmoins, Strabon ne mentionne pas la Bibliothèque d’Alexandrie elle-même, soutenant ainsi l’affirmation selon laquelle César est responsable de son incendie.

Comme la bibliothèque était rattachée au Musaeum et que Strabon en parlait, il est possible que la bibliothèque existait encore à l’époque de Strabon. L’omission de la bibliothèque peut être attribuée soit à la possibilité que Strabon n’ait pas ressenti le besoin de mentionner la bibliothèque, comme il l’avait déjà fait pour le Musaeum, ou que la bibliothèque ne fut plus le centre des recherches (l’idée des  » réductions budgétaires  » est de plus en plus probable). En outre, il a été suggéré que ce n’est pas la bibliothèque, mais les entrepôts près du port, qui entreposaient les manuscrits, qui ont été détruits par l’incendie de César.

Théorie 2 : Les chrétiens

Le deuxième coupable possible serait les chrétiens du 4ème siècle après JC. En 391 après JC, l’empereur Théodose publia un décret qui interdisait officiellement les pratiques païennes. Ainsi, le Sérapeum ou Temple de Sérapis à Alexandrie a été détruit et transformé en église chrétienne. On pense que de nombreux documents ont été détruits au cours du processus. Cependant, il ne s’agissait pas de la Bibliothèque d’Alexandrie, ni d’ailleurs d’une bibliothèque quelconque, bien que l’on pense qu’il détenait environ dix pour cent des documents de la bibliothèque d’Alexandrie.

Aucune source ancienne ne mentionne la destruction d’une bibliothèque pendant cette période particulière. Il n’y a donc aucune preuve que les chrétiens du IVe siècle aient détruit la Bibliothèque d’Alexandrie.

Théorie 3 : Les musulmans

Le dernier auteur possible de ce crime serait le calife musulman, Omar. On raconte qu’un certain « John Grammaticus » (490-570) demande à Amr, le général musulman vainqueur, les « livres de la bibliothèque royale ». Amr écrit à Omar pour obtenir des instructions et Omar répond :

Si ces livres sont en accord avec le Coran, nous n’en avons pas besoin ; et si ceux-ci s’opposent au Coran, détruisez-les.

Il y a au moins deux problèmes avec cette histoire. Tout d’abord, il n’est fait mention d’aucune bibliothèque, seulement de livres. Deuxièmement, ceci a été écrit par un écrivain chrétien syrien, et peut avoir été inventé pour ternir l’image d’Omar.

Le mystère demeure

Malheureusement, l’archéologie n’a pas été en mesure de fournir une grande contribution à ce mystère. Pour commencer, les papyrus ont rarement été trouvés à Alexandrie, peut-être en raison des conditions climatiques défavorables à la préservation de la matière organique. Deuxièmement, les vestiges de la Bibliothèque d’Alexandrie elle-même n’ont pas été découverts. Ceci est dû au fait qu’Alexandrie est toujours habitée par des gens aujourd’hui et que seules les fouilles de sauvetage peuvent être effectuées par des archéologues.

Bien qu’il puisse être commode de blâmer un homme ou un groupe de personnes pour la destruction de ce que beaucoup considèrent comme la plus grande bibliothèque du monde antique, cela simplifie peut-être trop la question.

La bibliothèque n’a peut-être pas du tout brûlé, mais elle aurait pu être abandonnée graduellement au fil du temps. Si la Bibliothèque avait été créée pour exposer la richesse ptolémaïque, son déclin aurait aussi pu être lié à un déclin économique. Le déclin progressif de l’Égypte ptolémaïque au cours des siècles a peut-être aussi eu un effet sur l’état de la Bibliothèque d’Alexandrie. Si la Bibliothèque a survécu jusqu’aux premiers siècles de notre ère, ses jours d’or auraient appartenu au passé, Rome étant devenue le nouveau centre du monde.

Source : Ancient Origins

Traduction : © Le Savoir Perdu Des Anciens
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