Couronne prêtée par le musée national afghan de Kaboul au musée Guimet de Paris.

Lorsque les talibans ont investi le palais présidentiel, qui abrite les coffres-forts de la Banque centrale afghane, ils ont également mis la main sur un trésor à la valeur inestimable. Près de 21 000 objets en or, vieux de 2000 ans qui risquent aujourd’hui d’être revendus, voire fondus pour en faire des lingots d’or.

C’est un trésor vieux de 2000 ans. On le pensait un temps perdu. Puis finalement, il a refait surface en 2003. Le trésor de Bactriane, ou Tillia Tepe du nom donné par les habitants à la « colline d’or » où il a été découvert, en Afghanistan, rejoint le Musée Guimet de Paris où il est montré pour la première fois au public en 2006.

Il fera par la suite le tour du monde. Aujourd’hui, la reprise du pouvoir par les talibans menace ce trésor inestimable.

Près de 21 000 objets en or

Il y a encore quelques jours, les 20 600 objets en or qui le composent, certains incrustés de pierres précieuses, étaient soigneusement conservés à l’abri des coffres de la Banque centrale afghane. Entrés à Kaboul le 14 août, prenant tout le monde par surprise, les talibans ont investi le palais présidentiel qui abrite une partie de ces coffres.

Il est encore difficile de savoir s’ils ont déjà pu accéder au trésor. Mais ils se retrouvent aujourd’hui ses gardiens de fait. En janvier dernier, l’idée d’envoyer le trésor à l’étranger pour le placer en lieu sûr avait été émise. Mais le pouvoir afghan n’avait pas donné suite.

2 000 ans d’histoire

Des pièces en or, des parures, des bijoux, des statuettes. Le trésor de Bactriane est fait de multiples objets. Il a été trouvé en 1978 par une équipe d’archéologues soviétiques, dans une nécropole qui abritait sans doute la dépouille d’un prince d’Asie mineure, non identifié à ce jour.

« Il y a énormément de pièces, notamment des petites plaques en or qui couvraient les vêtements des défunts », explique Sophie Makariou, présidente du musée Guimet.

Tous ces objets témoignent du riche passé de cette région, qui se trouvait sur la route de la soie. L’endroit était celui du royaume de Bactriane, renversé plus tard par des nomades venus d’Asie centrale. Des influences hellénistiques et asiatiques caractérisent ces objets datés d’environ 2 000 ans.

Agrafe représentant Dionysos et Ariane suivis de la déesse de la victoire Nike, provenant de la tombe VI, Tillya Tepe, Afghanistan, 2e quart du 1er siècle après JC.
Pendeloques dites « le souverain et les dragons » Afghanistan, Tillia tepe, tombe II – 1er s. – Or, turquoise, grenats et lapis-lazuli – 12,5 x 6,5 cm – Musée National d’Afghanistan – MK 04.40.109
© Thierry Ollivier – © Musée Guimet

Une incroyable richesse qui pourrait susciter des convoitises. « Bien que la revente paraisse très difficile, on peut imaginer que des pièces soient vendues à des collectionneurs privés qui garderaient leur possession secrète. On peut aussi imaginer une destruction par la fonte. Tillia Tepe c’est de l’or », s’inquiète Sophie Makariou.

Contacts discrets

La directrice du musée est aujourd’hui mobilisée pour tenter de préserver ce trésor. « Nous essayons d’être en contact avec nos collègues afghans de la façon la plus discrète possible en espérant que certaines œuvres puissent être exfiltrées. L’ambassade de France, de son côté, fait le maximum », indique Sophie Makariou.

L’ensemble a déjà failli disparaître plusieurs fois. Après son exhumation en 1978, le trésor est transporté à Kaboul, alors que la guerre contre les Soviétiques fait rage. D’abord mis à l’abri au musée national, il est ensuite discrètement transporté dans les sous-sols de la Banque centrale. Une décision qui le sauvera du pillage. Une grande partie des collections du musée ont en effet disparu dans cette période.

La Banque centrale comme refuge

En 1989, le président Mohammed Najibullah décide de renforcer la sécurité qui entoure le trésor. Il fait mettre les 20 600 pièces dans une chambre forte de la banque, fermée par sept clés. Chacune d’entre elles est détenue par une personne différente.

Selon la BBC, qui s’est penchée en 2011 sur cette histoire, en cas de décès du détenteur d’une clé, il est prévu que l’aîné des enfants en hérite. Pour ouvrir la porte, l’ensemble des clés doivent être réunies. C’est sans doute ce qui a sauvé l’ensemble. Durant la première période de pouvoir des talibans, entre 1996 et 2001, les serrures ont résisté.

Destruction du patrimoine

À l’époque, les talibans ont engagé la destruction du patrimoine. « Icônes et statues doivent disparaître », a ordonné le mollah Omar, chef des Talibans. Le monde entier se souvient des bouddhas géants de Bâmiyân, dynamités en 2001.

Face à ces destructions massives, de multiples rumeurs circulent, à l’époque. Le trésor de Bactriane est officiellement considéré comme disparu en 1989. En réalité, il est resté à l’abri de son coffre, dans le palais présidentiel.

Il réapparaît en 2003 après une intervention du président Karzaï qui annonce que le trésor est en sécurité et intact. Mais pour combien de temps encore ?

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