Les parfums, les arômes et les odeurs sont un aspect profond de l’expérience humaine, et ce depuis nos origines. Les progrès de la science biomoléculaire et « omique » donnent aujourd’hui aux scientifiques les moyens de recréer les odeurs du passé, même celles des tombes, ce qui nous permet de mieux comprendre les sociétés et les anciens modes de vie.

L’olfaction est un domaine émergent de l’archéologie sensorielle, qui consiste à percevoir les sites anciens non seulement à travers nos yeux, mais aussi à travers l’ensemble de notre sensorium, c’est-à-dire en absorbant leurs images, leurs odeurs, leurs sons et leurs sensations. Une équipe de chimistes analytiques et d’archéologues a récemment utilisé l’olfaction pour reconstituer les odeurs des tombes de l’Égypte ancienne de deux personnes de haut rang, l’architecte en chef des travaux publics Kha et Merit, son épouse. Les résultats de l’étude sur les odeurs des tombes égyptiennes ont été publiés dans le Journal of Archaeological Science . Les travaux de l’équipe de recherche montrent comment l’archéologie des odeurs peut améliorer notre compréhension du passé et peut-être améliorer les visites de musées en les transformant en une expérience immersive.

Les odeurs des tombes de l’Égypte ancienne ont été reconstituées à partir de divers objets, comme ceux-ci, trouvés dans la tombe de Kha et Merit près de Louxor. (Kingtut / CC BY-SA 2.5 )

Les odeurs des tombes et les objets de Kha et Merit

La tombe intacte de Kha et Merit a été découverte en 1906 dans la nécropole de Deir el-Medina, près de Louxor. Elle constitue le témoignage le plus complet d’une sépulture non royale dans l’Égypte ancienne et une riche source d’informations sur ce qui était considéré comme l’accompagnement nécessaire à la mort des personnes de haut rang. Selon la revue Nature, Ilaria Degano, chimiste analytique à l’université de Pise, en Italie, et co-auteur de l’étude, a déclaré : « C’est une collection étonnante. Parmi les objets, il y a même des exemples d’anciens sous-vêtements en lin égyptiens de Kha, brodés à son nom. »

Il est surprenant de constater qu’Ernesto Schiaparelli, l’archéologue qui a découvert la tombe, n’a pas procédé à un examen intensif de la plupart des objets. Il n’a pas déballé les momies ni ouvert les jarres et les amphores scellées qui contenaient de la nourriture et d’autres offrandes au couple mort, même après que le contenu de la tombe a été transféré au Musée égyptien de Turin. Cela s’est avéré être une bonne chose. Cela a donné aux chercheurs contemporains une chance d’étudier ce précieux assemblage avec des procédures non invasives qui étaient inconnues de la science à l’époque.

Recréer les odeurs des tombes anciennes : La science

La méthode scientifique d’étude des odeurs anciennes permet d’améliorer notre compréhension des significations historiques de l’odorat, comme le soutient une étude récente publiée dans la revue Nature Human Behaviour. L’étude de Nature Human Behavior passe en revue le potentiel de cette nouvelle science pour extraire les odeurs des artefacts et les outils qu’elle emploie.

Degano et ses collègues ont utilisé certains de ces outils pour effectuer une analyse olfactive du contenu des jarres et des amphores de la tombe de Kha et Merit, sans en dégrader le contenu d’aucune manière. Ils ont enfermé ces jarres et amphores, qui contiennent des aliments anciens pourris, dans des sacs en plastique pendant plusieurs jours afin de capter les molécules volatiles qu’elles émettent encore. Ensuite, une analyse des composants des arômes et des parfums de chaque échantillon à l’aide d’un spectromètre de masse a été réalisée. La présence d’aldéhydes, d’hydrocarbures à longue chaîne, de triméthylamine et de quelques autres aldéhydes indique que Kha et Merit avaient de la cire d’abeille, du poisson séché et des fruits pour les accompagner dans leur voyage dans l’au-delà.

Cependant, un projet plus vaste prévoit d’étudier les odeurs de la tombe en obtenant des « empreintes olfactives » du contenu de la tombe, afin d’obtenir une image plus claire des coutumes funéraires des personnages non royaux mais importants en Égypte avant le règne de Toutankhamon.

Auparavant, en 2014, des chercheurs ont extrait des molécules volatiles de bandages en lin vieux de 6 300 à 5 000 ans, utilisés pour envelopper les corps dans certains des plus anciens cimetières égyptiens. La présence de molécules d’agents d’embaumement a montré, de manière surprenante, que la momification a eu ses débuts en Égypte quelque 1 500 ans plus tôt qu’on ne le croyait.

Stephen Buckley, archéologue et chimiste analytique à l’Université de York, au Royaume-Uni, qui a participé à l’étude de 2014, regrette que l’analyse des odeurs soit encore une pratique peu explorée malgré son potentiel pour révéler les secrets du monde antique. « Si vous voulez comprendre les anciens Égyptiens, vous voulez vraiment entrer dans ce monde de l’odeur », aurait-il déclaré dans Nature.

Certains musées utilisent déjà les avantages émergents des odeurs, comme celui-ci, aux Pays-Bas, en 2021.

Expériences muséales immersives

L’olfaction pourrait également intensifier l’expérience muséale, car l’odeur « a le potentiel de nous faire vivre le passé d’une manière plus émotionnelle et personnelle », a déclaré Cecilia Bembibre de l’University College London, selon Nature.

Elle prévient cependant que la dégradation et la décomposition peuvent donner aux artefacts une odeur très différente de celle qu’ils avaient au départ. Il faut donc prendre soin de séparer les odeurs de décomposition des odeurs d’origine.

Les musées ont longtemps été une rencontre essentiellement visuelle. La science de l’olfaction promet d’enrichir l’expérience sensorielle, en permettant aux visiteurs de sentir des parfums, des arômes et des odeurs anciens. Un jour prochain, les sons, les goûts et les sensations des civilisations anciennes pourraient devenir plus vivants grâce aux nouvelles avancées de l’archéologie sensorielle.

Source : Ancient Origins Traduction : Julia pour © Le Savoir Perdu Des Anciens

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